Note d'archive : Ce texte provient de l'ancien fonds de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.
Le 07.03.2012, j'ai franchi l'entrée de la direction des étrangers de la police, rue Petrou Ralli, afin de régler une affaire extrêmement urgente concernant un étranger injustement détenu, souffrant de graves problèmes de santé mettant immédiatement sa vie en danger.
L'étranger avait été remis en liberté par deux décisions de cour d'appel, mais l'administration, et plus précisément la police, avait un avis différent. Ainsi, bien qu'il dispose d'un titre de séjour dans le pays, l'étranger devait rester emprisonné...
Il est vrai que je me rends rarement dans les commissariats, directions de police et services publics en qualité d'avocat, parce que j'évite d'affronter, sans colère contenue ni agitation extrême, l'insolence, la provocation et la stupidité des fonctionnaires publics, spécialement des policiers, qui provoquent sans raison par leur arrogance et leur passion d'exhiber pouvoir et force.
Il existe une petite minorité de fonctionnaires publics et de policiers qui confirme la règle inverse, par un comportement professionnel irréprochable, leur courtoisie, leur disponibilité et leurs compétences dans l'exercice de leur service. Mais il s'agit d'une infime minorité, incapable d'améliorer l'état déplorable de manque de volonté dans l'accomplissement des devoirs de service des agents publics en général, parmi lesquels figurent aussi les avocats, les procureurs et les juges.
Cette fois, je n'ai pas réussi à annuler, c'est-à-dire à éviter, mon déplacement au service chargé de la police des étrangers.
Il était environ 19 h 30 lorsque je suis entré dans l'enceinte du bâtiment de cette direction de police, après avoir subi à la porte un contrôle minutieux, avec vérification de ma carte d'identité et enregistrement attentif de mes « données ».
En raison de la gravité et de l'urgence de l'affaire, j'étais accompagné de trois autres avocats, dont l'un faisait office d'interprète, qui, comme moi, furent contrôlés pour être autorisés à entrer dans la direction de police.
Tous les quatre, nous sommes montés à l'étage du bâtiment indiqué par un policier facétieux et avons demandé, une fois trouvé le responsable compétent, à accomplir nos devoirs, c'est-à-dire notre travail, pendant l'horaire fixé, qui se terminait à 21 h.
Un jeune policier nous a informés que nous devions attendre un peu, parce qu'un contrôle des étrangers qui venaient d'arriver était en cours.
En réalité, cette attente constituait un moyen de preuve de la force et du pouvoir policier, qui exige que quiconque souhaite l'approcher soit malmené. Il fallait, autrement dit, nous faire vieillir avant de rencontrer nos maîtres, disposés à recevoir supplications, demandes et prières.
Après plus d'une heure, l'un d'entre nous frappa à une porte métallique et demanda au policier apparu avec mollesse de nous indiquer le temps que nous devions encore attendre pour accomplir notre travail.
Le policier, visiblement peu disposé et très contrarié, daigna murmurer qu'« ils ne tarderaient pas ».
Il fallut attendre encore une heure, puis apparut un policier d'environ vingt-cinq ans tenant un grand cahier froissé à pages lignées, dans lequel il inscrivit nos données après avoir vérifié avec nonchalance nos cartes d'identité. Ces données ne lui paraissant toutefois pas suffisantes, il se mit à demander sadiquement à chacun, sans se hâter, le prénom du père, le prénom de la mère, l'adresse du domicile et le numéro de téléphone, qu'il notait également dans son cahier, tout en faisant des déclarations officielles et grandiloquentes sur sa bonté à nous servir alors que nous aurions dû attendre jusqu'après 23 h, car « c'est ainsi ». Peut-être ses collègues nous auraient-ils permis, tard, s'ils le voulaient, d'être « servis »...
J'ai observé d'une voix calme qu'il n'était pas raisonnable d'enregistrer tant de détails dans ce cahier ligné, prolongeant sans raison notre présence, puisque nos données avaient déjà été vérifiées à notre entrée dans le bâtiment de police, puis par lui-même lors de l'examen de nos cartes d'identité.
Le policier, après avoir répété qu'il nous « faisait une grande faveur » en ne nous laissant pas attendre encore des heures et que nous devions lui être reconnaissants de son indulgence et de celle de son service, déclara que « vous, les avocats, vous avez appris à attendre ; vous devez donc être patients ». Lorsque je lui ai répondu que je n'avais pas appris à attendre inutilement, il répliqua, avec l'insolence policière bien connue, qu'« il n'est jamais trop tard ».
Ensuite, il reprit son cahier et s'éloigna, tandis que le temps de l'attente éprouvante continuait de s'écouler, ajoutant encore une heure d'inaction dans une salle misérable remarquable par sa saleté.
Après que notre patience et la résistance de nos nerfs eurent été mises à l'épreuve, nous avons réussi, après des heures, tard vers minuit, à accomplir une partie de notre travail et sommes partis épuisés, avec la pensée que notre pays est dominé par la bureaucratie, la soif de pouvoir, l'autoritarisme, l'incapacité et l'impolitesse, sans espoir de correction. Nous ne verrons une amélioration que si la mentalité change, si les incapables sont renvoyés chacun dans sa patrie particulière, si les agents publics insolents, impolis et parjures sont punis, et si une conception réellement démocratique et moderne du devoir et du rôle de l'État s'enracine.
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