« Treize heures de travail. » Ces quelques mots ont fait descendre la population dans la rue en octobre 2025 et provoqué deux grèves générales. En face, un gouvernement répétait comme un refrain : « c’est facultatif, c’est une exception ». Le texte de la loi se situe quelque part entre la colère et ce discours rassurant. C’est précisément ce texte qui nous intéresse.

La loi n° 5239/2025, publiée au Journal officiel grec FEK A’ 178/2025 (FEK A΄ 178/2025), n’est pas une loi « sur les 13 heures ». Elle constitue un vaste ensemble de modifications relatives à l’organisation du temps de travail, aux embauches et au contrôle des horaires. La journée de 13 heures en est le chapitre le plus explosif, mais ce n’est pas le seul qui touchera votre quotidien.

La journée de 13 heures, telle qu’elle est écrite

Disons-le clairement, sans l’embellir ni la dramatiser. La loi autorise l’allongement de la durée quotidienne de travail jusqu’à 13 heures auprès du même employeur. Jusqu’alors, il était possible de dépasser huit heures en travaillant pour deux employeurs ; la nouveauté est que ces heures peuvent désormais être concentrées chez un seul. Les conditions ne sont toutefois pas accessoires :

  • Le dispositif s’applique pendant 37 jours au maximum par an : il ne devient donc pas le nouvel horaire « normal », mais un outil destiné aux périodes de pointe.
  • Il exige le consentement du salarié. L’employeur ne peut pas l’imposer unilatéralement.
  • Les heures supplémentaires sont rémunérées comme telles, avec une majoration de 40 % du salaire horaire.

La critique n’est pas sans fondement : dans une relation de travail marquée par un rapport de force inégal, le « consentement » peut être moins libre que ne le suppose la loi. Un salarié qui craint de perdre son emploi aura du mal à dire « non ». Tel est le véritable débat : non pas de savoir si les 13 heures sont rémunérées, mais si elles sont réellement facultatives. La loi apporte une réponse formelle ; la pratique sera appréciée par les tribunaux et l’Inspection du travail.

La question n’est pas de savoir si la journée de 13 heures est payée. Elle est de savoir si le « non » d’un salarié lui coûte son emploi.

La carte numérique : l’outil du salarié le plus sous-estimé

Tandis que le débat public se focalisait sur les 13 heures, le chapitre susceptible de produire les effets les plus profonds à long terme passait presque inaperçu : la carte de travail numérique. Elle enregistre en temps réel l’heure d’arrivée et de départ, en rapprochant la présence effective de l’horaire déclaré dans le système Ergani II (ERGANI II).

Pourquoi est-ce important ? Parce que, pendant des décennies, les heures supplémentaires non rémunérées sont restées invisibles. Rien ne prouvait qu’une personne était partie à 21 heures alors que sa fiche de paie indiquait 17 heures. La carte rend le temps visible — et ce qui est visible peut être revendiqué.

Le point clé : la baisse de salaire après la carte

La loi prévoit expressément que toute réduction de rémunération tentée après l’activation de la carte numérique constitue une modification unilatérale préjudiciable des conditions de travail. En termes simples, l’employeur ne peut pas « corriger » le salaire à la baisse parce que la carte a révélé les heures réellement effectuées. Cette disposition forme, en substance, un bouclier pour le salarié.

Embauches sur téléphone et congés fractionnés

La loi apporte également deux modifications plus « techniques » que vous rencontrerez dans la pratique :

  • Embauche accélérée : l’employeur peut finaliser une embauche au moyen d’une application mobile, y compris pour quelques jours ou pour un besoin occasionnel. L’objectif est de combattre le travail non déclaré de « deux jours », même s’il reste à voir si le dispositif produira cet effet en pratique.
  • Fractionnement des congés : le congé annuel ordinaire peut désormais être réparti sur plus de deux périodes. Cette souplesse peut être utile, mais attention : le fractionnement suppose un accord et ne peut vider de sa substance le droit à une période de repos continue.

Ce que le salarié doit retenir

Soyons concrets. Si vous êtes salarié, voici les points à garder à l’esprit :

  • La journée de 13 heures n’est pas obligatoire ; votre refus ne constitue pas, à lui seul, un motif légal de licenciement. S’il entraîne un traitement défavorable, il peut ouvrir droit à recours.
  • Toute heure effectuée au-delà de l’horaire contractuel doit être rémunérée avec la majoration prévue. N’acceptez pas d’heures « informelles » qui ne seraient pas enregistrées.
  • La carte numérique est votre alliée : elle constitue la preuve la plus solide de vos heures réelles. Vérifiez que vous enregistrez correctement votre arrivée et votre départ.
  • Une baisse de salaire au motif que « les heures apparaissent maintenant » est illicite ; documentez-la et demandez conseil à un avocat.
  • Conservez des copies de votre contrat, de vos bulletins de paie et de vos messages. En droit du travail, celui qui peut prouver dispose d’un avantage décisif.
Si vous subissez des pressions

Si vous estimez que votre « consentement » aux heures supplémentaires vous est imposé, ou que les heures accomplies en plus ne sont pas rémunérées, ne vous limitez pas à une protestation orale. Saisissez l’Inspection du travail (inspection du travail) et consultez un avocat spécialisé en droit du travail. Le signalement peut être effectué alors que vous êtes encore en poste, avec une protection contre les représailles.

Questions fréquentes

L’employeur peut-il me licencier parce que j’ai refusé la journée de 13 heures ?

Le refus ne constitue pas, en lui-même, un motif légal. Si le licenciement présente un lien de causalité avec le refus d’effectuer des heures supplémentaires, il peut être jugé abusif et ouvrir droit à une indemnisation ou à la nullité, voire aux deux. Il faut toutefois pouvoir prouver ce lien.

Les 13 heures sont-elles toutes payées avec une majoration ?

Les heures qui dépassent la durée légale ou contractuelle sont rémunérées comme heures supplémentaires, avec la majoration prévue par la loi — 40 %. Le montant exact dépend du salaire horaire et du type d’emploi ; demandez un calcul détaillé sur votre bulletin de paie.

Que se passe-t-il si je ne « pointe » pas avec la carte numérique ?

La carte est obligatoire dans les secteurs auxquels elle a été étendue. Les omissions peuvent entraîner des sanctions pour l’entreprise ; pour vous, son utilisation correcte fournit la preuve la plus forte de vos heures réelles. Vérifiez qu’elle fonctionne.

Les mêmes règles valent-elles pour le temps partiel et le travail par roulement ?

La loi étend certaines dispositions aux formes flexibles d’emploi. Les modalités varient selon les situations ; si vous travaillez à temps partiel ou par roulement, faites vérifier le régime particulier par un avocat spécialisé en droit du travail.

Ce texte présente le cadre de la loi n° 5239/2025 tel qu’il était en vigueur lors de sa rédaction et poursuit un but informatif. Les litiges du travail sont toujours appréciés selon leurs circonstances concrètes. Pour votre situation, consultez un avocat spécialisé en droit du travail.

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Sources et vérification

L’article a été vérifié, avant publication, à partir de sources officielles ou primaires. Les montants et les seuils peuvent évoluer en raison de nouvelles lois ou circulaires.