les relations Turquie-Grèce
Il est vrai que l'image qu'un peuple se fait de lui-même et des autres peuples est généralement partiale. Exemple : les Turcs se considèrent comme supérieurs et les Grecs comme inférieurs. Il est également certain que les Grecs ne connaissent pas la manière dont les Turcs envisagent leurs relations avec les autres peuples et qu'ils les prennent pour des naïfs.
Les Turcs croient en l'Islam. Mais l'Islam n'est pas seulement une religion, c'est aussi un système politique. C'est un système religieux et politique particulier. Mahomet fut à la fois le fondateur d'une religion et celui d'un Etat.
L'Islam croit à la guerre sainte, le djihad. Son objectif est la domination de l'Islam dans le monde entier, la soumission à l'Islam ou la disparition des Etats et des peuples qui ne sont pas musulmans.
C'est pourquoi il ne serait pas possible de conclure la paix entre un Etat islamique et un Etat non islamique. Si une paix est conclue, selon le droit islamique, elle ne lie pas l'Etat islamique. Cette tromperie est pleinement légitimée afin d'atteindre l'objectif principal, qui est l'islamisation des infidèles. Seule la conclusion d'une paix entre Etats musulmans est concevable et lie les Etats.
Historiquement, avant la chute de la Ville en 1453, une crise multiforme existait. Des affrontements politiques très vifs opposaient les « unionistes » aux « anti-unionistes ». Les unionistes regardaient vers l'Occident et vers l'unité du catholicisme et de l'orthodoxie. Les anti-unionistes se tournaient vers l'Orient, mais aucune puissance chrétienne ne pouvait leur venir en aide. Ainsi, au nom de la foi, ils embrassaient des non-croyants.
Loukas Notaras, grand duc de Constantin Paléologue, aurait déclaré avant la chute, avec une indignation manifeste : « Mieux vaut voir régner au milieu de la Ville le turban turc que la tiare latine ».
Les conquérants turcs ont imposé des rapports de pouvoir et de sujétion entre eux-mêmes et les peuples conquis. A titre d'exemples :
A) Un rapport de pouvoir et de sujétion entre les musulmans croyants et les non-musulmans infidèles. Les infidèles étaient à la merci non seulement de l'Etat turc, mais aussi de chaque musulman.
Exemple : les églises chrétiennes, par comparaison avec les mosquées musulmanes, devaient être petites et insignifiantes afin de ne pas provoquer les musulmans. Celles qui ne l'étaient pas étaient transformées en mosquées. Afin de sauver certaines églises byzantines, on remblayait même l'espace autour de l'église pour qu'elle paraisse semi-enterrée. Cela s'est produit, par exemple, à Athènes, avec les églises de Kapnikarea et des Saints-Théodores.
B) Un rapport de sujétion entre le Turc, le maître, et le non-Turc, le rayah. Les rayahs, littéralement, « sont un troupeau de moutons soumis à leur berger ». Le rayah, « pour avoir la tête tranquille », devait payer l'impôt de capitation. La condition des rayahs se voit aussi à ceci : lorsque le rayah rencontrait un représentant de l'Etat, il devait descendre de cheval et se tenir dans une posture de soumission, changer de chemin, ou se serrer à genoux au bord d'un mur.
Les rapports de pouvoir et de sujétion se poursuivent encore aujourd'hui. Un exemple : en 1941, un incendie détruisit la plus grande partie du Patriarcat oecuménique. Ce n'est qu'après des pressions internationales que le gouvernement turc accorda une autorisation en 1988, oui, vous avez bien lu, en 1988, soit après 47 ans, pour réparer les dommages. Cela démontre clairement que la Turquie continue à « voir » ses relations avec les Grecs comme avant 1821, c'est-à-dire comme une relation de maître à esclave.
Le regretté Neoklis Sarris a indiqué que, pour la Turquie et pour la conscience collective des Turcs, la priorité va au supérieur, selon le critère de la taille et de la puissance dont il dispose. C'est pourquoi les dirigeants turcs, mais aussi le peuple, considèrent le comportement de la Grèce, lorsqu'il s'oppose aux intérêts turcs ou à la politique de la Turquie, comme un acte hostile, comme une conduite insolente dépourvue de conscience de soi. De plus, la conduite insolente de la petite Grèce envers la grande Turquie serait due aux faveurs excessives de l'Europe, et non à sa propre force.
Ceux qui suivent aujourd'hui les déclarations d'Erdogan et d'autres responsables turcs auront constaté ce qui précède.
En conclusion, les Grecs doivent connaître les Turcs. Le professeur Neoklis Sarris disait de manière caractéristique dans ses cours universitaires : « La Turquie n'a pas d'histoire, elle n'a qu'un casier judiciaire ».
Pavlos Marantos
marantosp@gmail.com
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