Note d'archive : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.
L'être humain, contrairement aux autres êtres vivants, a besoin de nombreux outils dans sa vie, car il ne recherche pas seulement la survie, mais aussi la qualité de vie. Deux outils importants sont la connaissance et la formation, qui ne sont pourtant pas synonymes.
On peut dire que la connaissance est tout ce qui entre dans notre cerveau par les cinq sens que la nature nous a donnés. Lorsque nous entendons un son, l'ouïe nous dit au mieux qu'il s'agit d'un son musical et non du bêlement d'une chèvre ; il faut ensuite la formation pour savoir si ce son venait d'un violon ou d'un piano, d'une oeuvre de Beethoven ou d'une chanson de Kazantzidis. Cela ne signifie pas nécessairement que la formation serait plus importante que la connaissance, mais plutôt que l'une suppose l'autre.
On pourrait dire aussi que la connaissance réside dans l'hémisphère gauche du cerveau, chargé des mesures et des classements, que nous appelons souvent, parfois de manière trompeuse, la logique. Mais cette accumulation de connaissances doit passer par l'hémisphère droit, qui analyse et compose pour aboutir à des jugements, des conclusions, des généralisations et une image d'ensemble.
L'activité de cet hémisphère peut même porter sur la question de savoir si les connaissances sont réellement des connaissances. Cela exige une approche philosophique. Il existe à cet effet une branche de la philosophie, l'épistémologie, ou philosophie de la connaissance, qui examine dans quelle mesure une connaissance est démontrée et sûre, et quelles méthodes scientifiques conviennent pour la démontrer ou la réfuter.
Karl Popper, l'un des grands épistémologues, affirme que la preuve d'une théorie ou d'une connaissance est logiquement impossible. Le fait que le soleil se soit jusqu'ici levé à l'est ne garantit pas qu'il s'y lèvera demain matin. Selon Popper, seule la réfutation d'une théorie ou d'une proposition scientifique est logiquement possible. L'énoncé selon lequel tous les cygnes sont blancs ne peut pas être prouvé ; mais la découverte d'un seul cygne noir le réfute.
Popper ajoute qu'une théorie ou une proposition est scientifique précisément lorsqu'il existe un moyen de la réfuter. Si l'on dit qu'un verre est incassable, on peut le vérifier en le jetant au sol. Si l'on dit qu'il est béni, l'énoncé n'est ni démontrable ni réfutable ; il relève alors non de la science, mais de la métaphysique.
La formule de Socrate, « je sais que je ne sais rien », est très proche de cette position sur l'impossibilité de prouver définitivement une théorie. Elle exprime aussi l'existence d'un immense océan de connaissances, démontrées ou non, que notre esprit et notre temps ne suffisent pas à acquérir. Il est dommage que la fierté de notre héritage antique ne nous conduise pas à reconnaître notre ignorance, mais trop souvent à la certitude de tout savoir.
Si l'on accepte la théorie de Popper, aucune de nos connaissances n'est définitive, pas même les axiomes d'Euclide ou la loi de la gravité de Newton. Ces connaissances et ces théories valent jusqu'à preuve du contraire.
Quelle que soit leur force, les connaissances ne deviennent utiles que lorsqu'elles passent par le catalyseur de la formation. La formation vise à relier, hiérarchiser, comparer, approfondir et transformer les connaissances en jugement. Elle n'est pas une simple accumulation d'informations, mais une capacité de synthèse, de discernement et de responsabilité.
Cette distinction éclaire aussi notre discours public. Un débat peut être rempli de données, de citations et de certitudes, tout en restant pauvre s'il manque de formation, c'est-à-dire de mesure, de méthode, de capacité d'autocritique et de respect de la réalité. La connaissance brute peut devenir bruit ; la formation lui donne une forme et une destination.
La société grecque souffre souvent de ce déficit : beaucoup parlent comme s'ils connaissaient tout, peu acceptent de vérifier leurs affirmations, de reconnaître leurs limites ou de modifier leur jugement. L'éducation ne devrait donc pas se limiter à transmettre des informations ; elle devrait former des citoyens capables de raisonner, de douter, de dialoguer et d'agir avec responsabilité morale.
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