Note d’archives : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.

La police grecque, l’EL.AS., a été créée en 1984 et résulte de la fusion de la Gendarmerie hellénique, qui avait une structure et une hiérarchie militaires, avec la Police des villes, corps de police doté d’une structure et d’une discipline plus souples, plutôt administratives.

Tant que les deux corps de police existaient, une rivalité les opposait, que l’on pouvait qualifier d’émulation et de course à la première place dans les succès obtenus contre la criminalité.

Il n’existe pas de statistique connue sur les performances de l’EL.AS. depuis sa création, comparées à celles des deux anciens corps de police dans le domaine de la lutte contre la criminalité, sans référence à la poursuite des dissidents et des ennemis de “l’ordre établi”.
La police grecque, bien que souhaitée partout pour la protection contre les attaques de brigands et les malfaiteurs, n’est peut-être pas particulièrement appréciée par la majorité, en raison du mauvais comportement des policiers, du manque de professionnalisme, de la brutalité, de l’impolitesse, de l’indifférence et de la corruption qui se répand comme une gangrène dans le corps policier.
En d’autres termes, comme dans l’ensemble de l’appareil étatique, la police est éprouvée par une crise des institutions, des principes et de l’efficacité. Le résultat de cette crise est une diminution de la confiance du citoyen envers les gardiens de la tranquillité et de l’ordre.
En ce qui concerne la lutte contre la corruption policière, un service spécial a été institué, le Service des affaires internes, dont l’activité est intense.
Des spécialistes soulignent que les policiers manquent de professionnalisme et que leur formation est insuffisante. On observe des retards de la police lorsqu’elle est appelée à intervenir, une réticence des policiers à accomplir leurs devoirs et, plus généralement, un relâchement de la police, à cause duquel le citoyen se sent en insécurité et devient la victime sans défense de malfaiteurs impitoyables et nombreux, qui attaquent de manière organisée et méthodique.
Nous savons que le besoin de police existait déjà au Ve siècle avant Jésus-Christ, à Athènes, pour la garde des bâtiments publics, la protection des biens des habitants de l’asty et d’autres situations de sauvegarde de la paix, du calme et du patrimoine des habitants, Athéniens ou non.
Les Éphores de Sparte exerçaient aussi des fonctions de police, tandis que pendant la domination romaine et à Byzance, la police était assurée par les Éparques, qui concentraient également entre leurs mains le pouvoir judiciaire. Pendant l’interminable et sombre période de l’occupation ottomane, la police était assurée par les conquérants asiatiques, avec les voïvodes et les aghas.
Pendant la Révolution de 1821, de telles fonctions furent assumées par les autorités locales et, sous Capodistrias, apparurent les politarques, qui furent remplacés par la police municipale.
De 1849 à 1893 existait à Athènes et au Pirée la police administrative ; ensuite fut créée la police urbaine pour les villes, c’est-à-dire les municipalités, qui évolua en Police des villes, ainsi que la gendarmerie pour les campagnes. D’autres corps de police existèrent également, comme la police touristique, avec des missions correspondantes de maintien de l’ordre, notamment de sauvegarde de l’ordre public, de la tranquillité des citoyens, de poursuite et de prévention de la criminalité, de protection des moeurs et de contrôle de la circulation.
Les policiers contemporains sont des fonctionnaires publics et, pour la promotion de leurs intérêts professionnels et de leurs droits, ont été fondées la Fédération panhellénique des officiers de police, l’Union panhellénique des officiers invalides de guerre en service permanent et en disponibilité de guerre des corps de sécurité, ainsi que la Fédération panhellénique des fonctionnaires de police.
En raison du manque de professionnalisme et de formation, la police est antipathique, bien que la présence continue du policier soit nécessaire pour qu’existent la paix et la tranquillité et pour que soient garanties les conditions d’une coexistence sociale normale. C’est pourquoi il faut des policiers bénéficiant d’une excellente formation, dotés d’un professionnalisme développé, d’une rémunération satisfaisante, d’une infrastructure matérielle et technique assurée et d’une organisation complète.
Le pays doit disposer de policiers ayant une éthique, des principes, le respect des structures démocratiques, la foi dans les valeurs fondamentales de l’humanisme et l’acceptation des droits des citoyens, qu’ils doivent protéger contre toute attaque, même de l’État lui-même. La mission première de la police est la prévention de la criminalité, non pas par n’importe quel moyen, mais seulement par des moyens légaux qui ne portent pas atteinte aux droits humains, politiques et civils et, plus généralement, aux droits fondamentaux des citoyens.
Aujourd’hui, la police ne remplit pas harmonieusement sa mission parce que, malgré de brillantes exceptions nommément connues, d’excellents policiers qui possèdent, au-delà de leurs qualités, un esprit de sacrifice et d’abnégation, elle se montre indifférente aux droits des citoyens, qu’elle viole très souvent avec brutalité.
Nos policiers, privés d’éducation démocratique et de la formation professionnelle requise, imitent servilement des modèles étrangers, principalement américains, qu’ils appliquent sans adaptation contre les citoyens sous prétexte de lutte contre la criminalité, et notamment contre la criminalité organisée. Ainsi, le domicile familial est violé, le secret des communications n’est pas respecté, les faibles et ceux qui sont incapables d’opposer une défense sont poursuivis, nombre de personnes connues et puissantes ne le sont pas, aucun intérêt n’est manifesté pour les attaques de malfaiteurs contre les citoyens et, bien souvent, au lieu de la prévention de la criminalité, on constate sa promotion par certains policiers qualifiés de “parjures”.
De nombreux policiers, en nombre suffisant pour influencer l’ensemble de la police, se comportent avec brutalité comme s’ils servaient dans un régime autoritaire. L’arrogance abonde et l’impolitesse constitue la règle lors des contrôles policiers. Lorsque la plupart des policiers, à de rares exceptions près, comparaissent comme témoins devant les tribunaux en exécutant l’ordre de leur service, ils déposent rarement sans passion et plus rarement encore rapportent les faits véritables sans les altérer au détriment du malheureux accusé qui s’est trouvé dans leur ligne de mire. Quant à leur comportement envers les avocats, mieux vaut ne pas tenter de le décrire, tant il est réellement indescriptible. Ils considèrent l’avocat comme leur adversaire par définition, parce qu’on ne leur a pas enseigné la valeur de cette institution dans les États démocratiques ni le rôle que l’avocat est appelé à jouer dans la difficile lutte pour la révélation de la vérité, “sans peur et sans passion”. Il serait souhaitable que l’altération, la dissimulation et la fabrication d’éléments par des policiers constituent l’exception. Elles ont pour conséquence que des crimes graves ne sont pas élucidés et que, bien souvent, des innocents sont injustement condamnés aux peines inhumaines bien connues qu’affectionne le pouvoir judiciaire. Les cas de condamnations d’innocents dues à l’insuffisance ou même à la malveillance de policiers sont beaucoup plus nombreux que ce qui serait tolérable dans une société de justice et dans un État de droit.
Un trait caractéristique de la situation inadmissible qui règne dans la police est que la présidence de l’organe syndical de ses officiers a été confiée à un officier en raison du comportement duquel, au détriment d’un citoyen ayant subi une rupture du tympan après avoir été maltraité par l’actuel président élu des officiers de police, notre pays a été condamné le 18.01.2007 par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et exposé au discrédit international. Dans cette affaire a été rendue la décision n° 2448/2010 de la cour administrative d’appel d’Athènes, qui a obligé l’État à indemniser par une somme importante la victime de violences policières [Nomika Epilekta : “Indemnisation d’une victime de violences policières”].
La police n’a pas besoin de policiers brutaux, parjures et corrompus. Elle doit être composée de personnes capables et formées à la protection des droits humains et politiques, à la prévention de la criminalité, à la poursuite efficace des malfaiteurs, à la garantie de la paix sociale, de la coexistence et de la cohésion, avec foi dans les idéaux élevés de l’humanisme, de la civilisation, de l’éthique et de la démocratie.