nous éviterions nos erreurs (II)

Nous poursuivons avec des extraits du livre du professeur Georgios Dertilis intitulé « Sept guerres, quatre guerres civiles, sept faillites, 1821-2016 », pour une conscience nationale de soi :

Après la guerre injustifiée et ratée de 1897, Alexandros Zaïmis prit la tête du gouvernement, avec Georgios Streit comme ministre des finances et gouverneur de la Banque nationale. Zaïmis obtint en onze mois des conditions semblables à celles que tous les partis politiques actuels, sans exception, eurent besoin de sept années de négociations stériles pour accepter, en retardant sournoisement les réformes, en attisant la fuite des capitaux, en décourageant les investisseurs, en se querellant sans cesse et en dissimulant le problème sous des dilemmes électoraux démagogiques : mémorandum ou antimémorandum, OUI ou NON dans des référendums bonapartistes.

Si nous supposons que les deux tiers de la population de notre société souffrent d'ignorance et/ou de manque de jugement, cette masse constitue pour les démagogues le plus grand réservoir d'électeurs. Et si, à cette partie du corps électoral, nous ajoutons, en imitant Érasme, les imbéciles inévitables que toutes les sociétés comprennent, le corps électoral élira continuellement et avec enthousiasme les chefs démagogiques de deux très vastes camps. L'un nous entraînera dans les rassemblements patriotiques tantôt de l'État, tantôt de l'Église, tandis que l'autre se vengera en retirant Thucydide du programme scolaire.

Après 2002, avec l'euro et l'argent bon marché, l'économie grecque eut une dernière occasion de devenir plus productive et compétitive - et elle la perdit. Elle avait déjà perdu, une autre fois, l'occasion de participer à la troisième révolution industrielle en investissant massivement dans les services informatiques.

La cause la plus importante de la faillite dans la période d'après-guerre n'était évidemment pas les dépenses militaires. C'était l'orgie générale de dépenses, surtout entre 2003 et 2009, mais aussi l'incapacité de tous les gouvernements, dès 1980, à moderniser l'économie par des investissements, publics avec les fonds européens et privés par l'attraction de capitaux et de savoir-faire venus du monde entier. Depuis toujours, d'ailleurs, les classes politiques du pays se sont en règle générale désintéressées des investissements qui supposent une stratégie de long terme et ne produisent pas de bénéfice politique immédiat.

La déchéance de la politique et la chute libre de l'économie tiennent surtout à la demi-culture de presque tous les cadres partisans et gouvernementaux ; au refus de tous de promouvoir quelque réforme que ce soit ; à la réaction contre tout, aux généralités grandiloquentes et aux vœux pieux ; à l'incapacité de tous d'étudier en profondeur et de proposer un programme de développement documenté et chiffré ; et, bien sûr, à la réaction incessante et violente des groupes extrêmes de tel ou tel parti, de telle ou telle corporation ou groupe d'intérêts.

La demi-culture et le manque de jugement des classes politiques, combinés à la démagogie extrême de tous les partis, perpétuaient les syndromes d'une inculture sociale plus générale : xénophobie, europhobie, absence de dialogue et escalade de la violence.

Le prix payé par la démocratie néohellénique pour ses 150 années de vie fut lourd et multiple. Prix politique : une démocratie rongée par les cancers de la démagogie et du populisme. Prix économique : impôts inefficaces pour cause de chasse aux voix, dépenses administratives excessives en raison du clientélisme, dépenses militaires sanglantes au nom d'une surenchère chauvine. Prix culturel : une société corrompue par la flatterie démagogique et la mythification de la contrepartie matérielle, qui voit ses valeurs renversées, son identité historique déformée et sa culture traditionnelle disparaître sans qu'une nouvelle soit créée à sa place. Le renversement de cette trajectoire, qu'il commence par un réveil, par une rupture sociale ou par une complication internationale, sera long et douloureux.

Pour arrêter la spirale vicieuse et pour qu'elle ne recommence jamais, la Grèce a besoin de quelque chose de beaucoup plus important que des réformes économiques : l'éducation. Elle doit redonner à ses enfants l'éducation critique, globale et humaniste dont ils ont besoin pour devenir de bons citoyens et des êtres créatifs. Cela n'est possible qu'avec une politique éducative consensuelle et de long terme (à suivre).

Pavlos Marantosmarantosp@gmail.com