Le philosophe Stelios Ramfos

sur le mariage des personnes de même sexe

(Partie A)

Le philosophe Stelios Ramfos, dans un entretien accordé au journal capital.gr, déclare au sujet du mariage des personnes de même sexe :

- Monsieur Ramfos, qu'est-ce que le mariage et la famille pour vous ?

C'est effectivement la question fondamentale et décisive, dirais-je, et le point de départ si nous voulons parler en termes plus exigeants. Si nous admettons que le mariage est le couronnement de l'amour, comme l'a dit le Premier ministre, entre deux personnes et, en même temps, un contrat juridique concernant les droits et les obligations de ses membres, nous devons nous demander pourquoi, depuis tant de millénaires, et à partir de la forme patriarcale de la société et du clan originel, des êtres humains étrangers les uns aux autres, partout sur la terre, ont ressenti et ressentent le besoin de s'unir et de former cette construction étrange qui est la base de la société et que l'on appelle la famille.

- Le mariage n'est-il donc pas le couronnement d'un amour ?

L'amour, qui existe à juste titre, n'a pas prévalu pendant des millénaires. C'est une question apparue, pour le dire avec humour, après le Roméo et Juliette shakespearien ; c'est une question des trois derniers siècles et, en réalité, l'amour dans le mariage comme seule condition est une affaire de quelques décennies seulement. Si nous acceptons cette interprétation moderne et plutôt simple selon laquelle le mariage est le couronnement de l'amour, alors moi, si je pouvais légiférer, je déposerais un projet de loi contre le mariage, car si l'amour suffisait, le mariage ne serait pas nécessaire.

- Donc, pour vous, le mariage est quelque chose de beaucoup plus large.

Bien sûr. Et c'est le couronnement institutionnel qui façonne la famille. Après le clan originel, les êtres humains ont reconnu la nécessité de gérer leur vie d'une manière capable de garantir à l'humanité un mode de vie différent de celui des animaux. Ce que nous avons appelé famille, et qui, sous la forme que nous connaissons, n'existe que chez l'être humain. Si nous retenons l'amour comme seule condition, alors rien ne nous empêche de parler demain de l'amour entre un être humain et un animal, ou entre un être humain et un robot, et de tout ce que l'on pourrait encore imaginer.

- Et ce quelque chose de plus, qu'est-ce donc ?

Dans le mariage, il y a donc toujours eu une exigence plus profonde, qui n'était pas superficielle. Par le mariage, une famille se crée, et son rôle est très important, car c'est par elle que le désir humain est réorienté de manière qualitative et axiologique. Au lieu de pressions pulsionnelles animales, nous développons des désirs porteurs de valeurs, capables de nous humaniser. Par l'institution du mariage et au sein de la famille, nous parvenons à différencier le désir, qui cesse d'être un désir instinctif sans limites et sans orientation, comme chez les animaux qui sont indifférents à tout. Cette réorientation du désir, indépendamment de ce qui se passe dans la vie, indépendamment de l'existence de familles misérables et mauvaises, constitue l'idéal-type de la famille. Freud l'a décrit avec le complexe d'OEdipe et l'interdit de l'inceste, dans le cadre du mariage et de la famille. Tel est donc le but de la famille : l'humanisation de l'homme, sur les plans anthropologique, psychanalytique et sociologique. Et non à partir de ce que nous entendons au sujet de parents indignes qui maltraitent leurs enfants, ou de situations analogues, qui existent effectivement.

- C'est pourtant un argument que l'on entend souvent contre la famille dite "normale"...

Mais c'est comme si l'on disait que, parce que nous disposons de l'idéal-type du nombre pour faire des opérations et que nous commettons des erreurs en additionnant ou en soustrayant, le nombre serait en faute. La question n'est donc pas de savoir si une famille concrète est bonne ou mauvaise, mais de considérer cet idéal-type, ce "devoir-être", cette condition constitutive si vous voulez, qui formera une société sans instincts sauvages, en la développant avec des sentiments d'amour, de compagnonnage, d'entraide et d'autres valeurs semblables. C'est pourquoi nous disons que le noyau de la société est la famille. Je le répète : comme idéal-type, et non comme bonne ou mauvaise pratique. Il est très important de comprendre que toute la discussion porte sur cet idéal-type (à suivre).

Pavlos Marantos

marantosp@gmail.com