Note d'archive : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.

« Asnif, déracinée d'Arménie vers la Grèce », d'Homère Mavridis, publié par Malliaris Paideia, est une véritable biographie historique racontée sous une forme romanesque qui captive le lecteur.

Ce roman-récit se lit avec plaisir, bien qu'il traite de sujets tragiques qui ne doivent pas s'effacer de la mémoire. Il renvoie à l'un des innombrables génocides commis par les Turcs contre d'autres peuples historiques, en l'espèce contre les Arméniens, exterminés par centaines de milliers et par millions, sans défense, dans l'exécution d'un plan criminel officiel d'anéantissement.

Il ne s'agit pas seulement de nettoyage ethnique, selon l'expression contemporaine, mais de l'extermination systématique d'un peuple ancien par l'État turc et par la masse qui formait alors le peuple turc.

Les livres comme celui-ci ont un intérêt particulier et une grande valeur, parce qu'ils empêchent que disparaissent de la mémoire historique des crimes imprescriptibles et impardonnables contre l'humanité. Ils rappellent aussi que les responsables de l'extermination arménienne n'ont pas été punis comme l'ont été, par exemple, les criminels de guerre jugés à Nuremberg, ou les criminels de guerre japonais après la Seconde Guerre mondiale.

L'auteur, docteur en philosophie et professeur, raconte avec vivacité les aventures de son héroïne : une femme grandie dans l'actuelle Syrie, contrainte de s'arracher à sa patrie en raison des persécutions contre son peuple, puis arrivée à Alexandroupoli, où elle vécut jusqu'à la fin de sa vie. À travers cette destinée, il évoque les moeurs, les coutumes, les persécutions meurtrières et les souffrances de tout le peuple arménien.

La perte de la mémoire historique ne signifie pas seulement l'effacement d'un peuple. Elle signifie le risque de répétition des mêmes crimes et, plus grave encore, l'absence de condamnation des criminels et de leurs héritiers politiques. L'oubli nourrit l'impunité, et l'impunité ouvre la voie à de nouvelles violences.

Pourtant, au lieu d'attiser le fanatisme ou d'appeler à la vengeance, le livre met en avant les biens de la paix et de la fraternité entre les peuples. La parole de l'héroïne, au soir de sa vie à Alexandroupoli en 2007, exprime ce désir : envoyer parfois un ange sur terre pour ramener les fanatiques à la raison, enseigner aux hommes l'évidence qu'ils portent en eux mais oublient, arracher ici ou là une frontière ou un barbelé, et faire prévaloir la sincère justice.

C'est pourquoi la lecture de ce livre est importante. Elle honore les victimes, maintient vivante la mémoire des persécutions, refuse le silence et rappelle que la paix ne peut se fonder que sur la vérité et la justice.

Emmanouil Papadakis