Note d’archive : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.
Le discours des responsables politiques n’est ni directeur, ni idéologique, ni clair. Il n’inspire pas, n’enseigne pas et n’oriente pas. C’est un discours vide. Et c’est pourquoi il n’est pas utile.
En outre, le discours émanant des responsables politiques a été et demeure instable, changeant, vague, contradictoire, trompeur et, surtout, fanatique, intolérant, irréconciliable, figé.
Il ressemble beaucoup au discours d’un prédicateur fanatique qui ne tolère pas le dialogue et ne soumet pas à discussion les dogmes religieux et théologiques considérés comme intemporels, immuables et invariables, qui ne seraient pas soumis à l’usure du temps et n’évolueraient pas.
Par conséquent, le discours politique vide et dogmatique correspond à ceux qui possèdent, en règle générale, une conscience élastique, tolèrent tout, ont une morale mercurielle et une idéologie identifiée au chaos.
Ces observations proviennent de l’examen de ce que les responsables politiques ont mis en avant pendant des décennies jusqu’à aujourd’hui, en analysant sans analyser, en expliquant sans expliquer, en argumentant sans arguments et en soutenant simultanément des positions diamétralement opposées sur la même question, lesquelles changent sans cesse comme le sable dans le désert du Sahara...
Le discours politique devient rarement critique lorsqu’il se rapporte au parti ou à la faction de celui qui le prononce. Et lorsque des jugements sont formulés, ils sont immédiatement et indirectement dirigés contre les partis adverses et concurrents. Jamais, cependant, contre le parti d’appartenance de l’orateur qui, au lieu d’analyser et d’expliquer, obscurcit, couvre et justifie toujours.
Depuis de nombreuses décennies, avec l’expansion des chaînes de télévision, le discours politique vide s’est lui aussi répandu jusqu’aux confins du territoire.
Nous avons “savouré” jusqu’à saturation les interminables joutes de coqs entre responsables politiques de diverses nuances et d’idéologies supposées, et nous avons acquis la certitude qu’il est impossible aux responsables politiques appartenant à des partis différents de s’entendre même pour la forme, ou de maintenir un niveau tolérable d’échange d’opinions et de dialogue.
Les affrontements politiques sont toujours accompagnés d’acuité, d’impolitesse, de provocation, de demi-savoir et, par-dessus tout, d’une recherche de tromperie par l’énoncé de contrevérités, d’énormités et de postures.
Il est exclu que le représentant du gouvernement soit d’accord avec le représentant de l’opposition ou, surtout, des tendances de gauche, sur quelque question que ce soit, même la plus banale, insignifiante et dérisoire. Je dirais qu’il y aurait une divergence aiguë et absolue même dans une discussion visant à savoir s’il fait jour ou nuit. Le représentant du parti au pouvoir soutiendrait qu’il fait jour, l’opposant soutiendrait qu’il fait nuit, le représentant du troisième parti déclarerait que ce n’est ni le jour ni la nuit, le représentant du troisième parti soulignerait que c’est le crépuscule, celui du quatrième que l’aube se montre, et celui du cinquième que nous avons une éclipse de lune. Il est en tout cas exclu qu’un accord existe même sur les points les plus vils, insignifiants et rebattus.
La divergence est entretenue avec entêtement et colère, avec ironie, hypocrisies et injures, et il n’est pas possible pour le téléspectateur, ou l’auditeur, aussi loyal, patient et disposé soit-il, de suivre ne serait-ce qu’une apparence de dialogue. On entend des monologues monotones, des proclamations ou des slogans, des cris et des aboiements dont le citoyen ne peut tirer aucun bénéfice ni parvenir à saisir le thème de la discussion et, plus encore, de la querelle.
Autrefois, après la tragédie chypriote et la “métapolitefsi” de 1974, au temps où triomphaient les séducteurs partisans, distribuant d’abord l’argent qui avait été réuni dans les caisses de l’État puis, lorsque celui-ci fut épuisé, l’argent emprunté sans retour, les places et les rues alentour se remplissaient à l’étouffée de partisans, et l’on entendait le monologue du chef. Avec les slogans répétés, les exagérations, les flatteries à la foule, les promesses incessantes de prestations et les absurdités.
Plus tard, auprès des chefs prétendument doués, qui se divertissaient sans fin de la sottise et de la naïveté de la masse des applaudisseurs, se sont attachés d’autres “orateurs” de piètre qualité. Il s’agissait habituellement de proches parents des chefs et de leurs flatteurs, fils et filles, neveux et nièces, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Tous ressassaient chacun un slogan. Il ne pouvait pas davantage être question alors de discours politique.
Dernièrement, au cœur de la crise générale, une fois épuisés les slogans, les bons mots, les promesses, les assurances et toutes les autres paroles que les responsables politiques, professionnels et apprentis, avaient appris à répandre, le discours du fanatisme, de l’anthropophagie, du pseudo-patriotisme et de l’acuité est entré en fonction.
Ce même discours creux est transmis, sans exception, par tous ceux qui font de la politique, anciens comme nouveaux.
L’un crie qu’il combattra sans compromis la troïka et la chassera du pays. L’autre déclare qu’il punira les traîtres, sans pitié. Ceux qui ont livré aux étrangers, c’est-à-dire aux Européens, les choses sacrées et saintes de la Grèce. Une personne oubliée au secrétariat général de l’un des partis marxistes fait savoir que la Grèce doit quitter l’Union européenne, sortir de l’union monétaire et tracer sa propre voie, afin de combattre l’impérialisme des autres.
Détaché des grands partis, un ancien ministre corpulent, s’excitant lui-même, a levé l’étendard de la révolution en invoquant l’aide divine. Il s’en est pris à tous et en est récompensé par une hausse des taux de préférence.
La plupart de ceux dont le métier, ancien ou nouveau, est la politique ont compris qu’ils ont affaire à un peuple sans boussole, illettré, égocentrique, mené et ballotté, sans mémoire historique, qui n’apprend pas de ses souffrances. C’est pourquoi ils ont renouvelé leur discours vide avec beaucoup d’air frais ou, comme dirait le “peuple souverain”, avec du vent. Cet air poussera ceux qui parlent par paroles vides vers le Parlement et, de là, vers le confort, “à notre santé”.
En choisissant de tels représentants, sans arguments politiques, sans principes ni idéologie, sans programmes et sans lest, avec pour seuls instruments les paroles vides et la langue de bois du fanatisme et de la décadence, nous serons de nouveau appelés à payer les pots cassés. Nous subirons une autre tragédie et “έσται η εσχάτη πλάνη χείρων της πρώτης”.
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