Note d'archive : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.
Lorsque l'on suit la crise grecque et que l'on compare les références qui y sont faites sur les chaînes étrangères et sur les chaînes grecques, on constate que les premières se concentrent sur les causes, la nature, l'ampleur et les conséquences de la crise, ainsi que sur les moyens de la résoudre. Les secondes, au contraire, consacrent des heures entières à des questions surtout procédurales et insignifiantes, ou à d'épuisantes altercations.
On se querelle donc sur les plateaux pour savoir si deux ou trois représentants de Charilaou Trikoupi se sont rendus à Syngrou, si cela était correct, si Samaras avait été averti, si Papoulias était au courant, s'il aurait fallu d'abord aller voir Papoulias, si Papandreou devait d'abord démissionner puis former un nouveau gouvernement, ou l'inverse, et quantité d'autres questions du même ordre, spectaculaires mais dérisoires. C'est comme si un kiosquier et son client se disputaient pour savoir s'il faut payer avant de prendre le journal, ou prendre le journal avant de payer. Les envolées des habitués de la télévision se succèdent jusqu'à provoquer la nausée. Il ne s'agit pas de dire qu'il ne faut jamais en parler, mais il est inadmissible qu'un journal télévisé entier se consacre à des « analyses » et à des disputes pour l'ombre d'un âne.
Ce qui brille par son absence, c'est l'attention portée au problème massif de la Grèce : la nécessité urgente de réformer le système afin de favoriser le développement, ou du moins d'écarter les innombrables obstacles qui l'entravent. On s'agite autour de mille choses, alors qu'une seule est nécessaire.
Mais le téléspectateur moyen ne veut-il pas précisément ce type de journal ? Car, comme on le sait, ce que les chaînes montrent et la manière dont elles le montrent sont décidés par le dieu de l'audience. Il semble donc que le téléspectateur grec regarde les informations comme il regarde le football, c'est-à-dire comme un spectacle. Ce qui l'intéresse n'est pas le fond, mais de savoir qui criera le plus fort, qui sera insulté et qui sera humilié. Le journal télévisé le plus populaire serait sans doute celui où un intervenant se lèverait pour gifler un autre : là, l'audience exploserait. N'oublions pas que nous faisons partie des rares pays au monde, si ce n'est le seul que je connaisse, où des foules se pressent dans les tribunaux pour se divertir en regardant des procès.
Le résultat est que nous avons des journaux télévisés sans informations internationales, ni même européennes, sans véritable commentaire, reportage ou intérêt pour l'hellénisme hors de Grèce, pas même pour Chypre. On n'y trouve que des commérages sur ce qu'a fait ou dit tel responsable politique, tandis que les intervenants habituels se disputent pour savoir quelle redite est la meilleure. Les mauvaises langues disent que plus ils aboient, mieux ils sont payés, ou plus souvent ils sont invités, si leur contribution à cette noble cause se fait pour la gloire et non pour l'argent. Il ne s'agit plus d'information, mais d'un spectacle, et d'un spectacle d'un niveau médiocre.
Et sur ce point je rejoins Papoulias, lorsqu'il a dit que la crise est profondément politique et plus profondément encore culturelle.
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