Note d'archive : Ce texte provient de l'ancien fonds de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.
Nous tenons souvent pour acquis que, dans une société démocratique, le droit de grève va de soi. Voyons cependant comment les choses se présentent en Suède, pays gouverné pendant un demi-siècle par les sociaux-démocrates.
Le modèle suédois repose sur l'accord tripartite de Saltsjöbaden, conclu en 1929. Saltsjöbaden est une banlieue de Stockholm où se rencontrèrent les représentants des salariés, des employeurs et de l'État afin d'établir un pacte sur les questions de grève et de lock-out, dans le but de mettre fin à une longue période d'instabilité, de protestations, de grèves et de conflits, qui n'était pas très différente de ce que nous vivons aujourd'hui en Grèce.
Les principes essentiels de l'accord de Saltsjöbaden sont les suivants :
1. La grève comme le lock-out sont interdits, sauf pendant une période de négociation d'une nouvelle convention collective.
2. Même au cours de telles négociations, la grève et le lock-out sont considérés comme une déclaration de guerre. Ils doivent donc constituer l'arme ultime des salariés ou des employeurs, et non leur premier geste ; des avertissements doivent les précéder.
3. Dans tout cas où une grève ou un lock-out est déclenché, même pendant des négociations collectives, toute partie peut saisir les juridictions du travail afin que soit examinée la légalité de l'action et que des sanctions soient imposées si elle est jugée illégale.
Il va de soi que, dès lors que la convention collective a été signée, toute violation relève à nouveau des juridictions du travail. Il va également de soi que les décisions de justice sont pleinement respectées par tous.
Ces principes de l'accord de Saltsjöbaden, qui avait commencé comme une sorte d'« accord de gentlemen », ont ensuite été intégrés dans les lois du pays et s'imposent désormais obligatoirement. On peut donc dire qu'en Suède la grève et le lock-out sont interdits, sauf dans certains cas particuliers.
Le résultat de l'accord de Saltsjöbaden fut le célèbre miracle suédois. La Suède, alors l'un des pays les plus pauvres d'Europe, connut une stabilité et une croissance inédites grâce à la paix sociale qui s'ensuivit.
En effet, en Suède, il n'y a presque jamais de grèves ni de lock-out. Tous les problèmes se résolvent par la négociation. Ainsi, un investisseur, par exemple, n'a pas à craindre la destruction de son investissement au nom de « luttes populaires » et d'affrontements acharnés. En Suède, l'entrepreneur peut simplement se concentrer sur son idée d'investissement, sur sa réalisation et sur ses aspects économiques, sans craindre que les dirigeants syndicaux le prennent en grippe et lui déclarent la guerre.
Le modèle suédois, adopté entre-temps par d'autres pays d'Europe du Nord, serait salutaire pour la Grèce, où règne un climat de conflit permanent sur tout et pour tout. Imaginez quelle croissance connaîtrait le pays si les différends étaient résolus par une discussion dialectique. C'est précisément là que réside le problème : ici, dans le pays où la dialectique est née, nous avons perdu toute capacité de discuter de quelque sujet que ce soit. Au lieu du dialogue, nous pratiquons la polémique pure. Personne n'écoute ce que dit l'autre ; il ne reste alors que les menaces, les « mobilisations », les grèves, les protestations, les insultes, l'intimidation et tous les phénomènes apparentés.
Seulement, cette « issue » nous a déjà conduits à l'impasse...
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