Note d’archives : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.

Dans notre étrange pays règne une mentalité particulière qui abolit l’égalité des citoyens entre eux et devant la loi, ainsi que l’interdiction des discriminations prévue par la Constitution.

Il est connu que, depuis la révolution de 1821, les discriminations et les titres de noblesse ont été abolis par la proclamation de la liberté et de l’isonomie, c’est-à-dire de l’égalité de tous, nationaux et étrangers, devant la loi.

Pourtant, à notre époque, les discriminations se poursuivent et les citoyens continuent d’être distingués entre importants et insignifiants, ou inconnus, comme ils étaient autrefois distingués entre patriciens et plébéiens, féodaux aristocrates et serfs, forts et faibles, esclaves et hommes libres, selon des discriminations institutionnalisées et socialement acceptées.

Des discriminations provocantes se constatent partout, en toute circonstance et dans toute manifestation, sans exception, contrairement aux prescriptions de la Constitution et de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

Selon l’article 21 § 1 de cette Charte, « toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle est interdite ».

Les proclamations de la Constitution et de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne sont considérées dans notre pays comme des vœux pieux. Elles n’éduquent pas, ne sont pas respectées. Elles ne sont tout simplement pas appliquées. Les tribunaux ne s’y conforment qu’avec réticence lorsqu’ils le font, comme le montrent de nombreuses décisions dans lesquelles ces proclamations sont jugées inapplicables et où aucune conséquence n’est attachée à leur violation. Elles sont traitées comme des leges imperfectae, c’est-à-dire des lois ne prévoyant aucune sanction en cas de non-respect.

Les discriminations sociales ont pour conséquence l’injustice, l’inégalité et l’anomalie sociale, qui nourrissent un mécontentement généralisé. Celui-ci se manifeste par la désobéissance aux lois, l’indiscipline, des actes continus de violence et de sabotage, ainsi que par l’effacement de la conscience patriotique.

Les personnes socialement puissantes et importantes ne sont pas celles qui sont ornées de vertus, de connaissances, de capacités, de science, d’honnêteté et de moralité. Dans la hiérarchie viennent d’abord les riches, indépendamment des sources de leur enrichissement, comme notre représentante aux Jeux olympiques de 2004 ; ensuite les parents, fils, neveux, filles et nièces, époux, parrains, petits-fils et petites-filles des riches et des politiques, eux aussi très riches ; puis les affidés partisans et les groupes de choc des partis.

Sont hiérarchiquement importants ceux qui occupent des postes clés dans le mécanisme de l’État : ministres, secrétaires d’État, présidents, vice-présidents, présidents suppléants, secrétaires généraux, maires, magistrats, évêques, propriétaires de cliniques, hauts responsables du syndicalisme et des corporations, certains journalistes en vue, certains avocats, banquiers, officiers supérieurs et hauts responsables de la police, maîtresses et amants, artistes médiatisés, acteurs, chanteurs et autres. Tous sont payés par la caisse de l’État avec les emprunts des créanciers du pays.

Tous les autres appartiennent à la grande masse du peuple qui sert les importants et les privilégiés, porte sur son dos l’ensemble des charges fiscales et même la responsabilité des catastrophes naturelles, accomplit le service militaire et lutte pour l’ensemble, c’est-à-dire aussi pour les parasites de la prospérité, et obéit aux ordres et aux lois, corrigé par le pouvoir étatique lorsqu’il dévie et ne se conforme pas aux désirs des importants.

Les résultats des discriminations sont les suivants :

(a) la personne en vue et importante n’est pas contrôlée et ne rend pas de comptes, contrairement à la personne invisible et insignifiante, soumise sans cesse à des contrôles par divers oppresseurs, policiers, juges, procureurs, banquiers, agents du fisc, contrôleurs, gardes forestiers, prédicateurs ;

(b) l’important l’emporte dans un litige contre n’importe quel insignifiant, invisible ou faible ;

(c) l’important accroît sa fortune et ses moyens matériels même en période de crise, tandis que l’insignifiant risque de mourir de faim, parce qu’il porte tout le poids des impôts et des charges diverses, menacé à la moindre occasion de perdre sa liberté, son travail et son patrimoine rudimentaire, surtout son logement s’il en possède un ;

(d) l’important a partout des amis, « les siens », pour écarter les obstacles, qu’ils soient juridiques, sociaux ou autres, tandis que l’insignifiant doit se battre pour obtenir les choses les plus élémentaires auxquelles il a droit ;

(e) l’important éduque ses enfants dans des collèges, à l’étranger, avec des pédagogues spécialisés et tous les moyens modernes, afin qu’ils deviennent les prochains importants et puissants : dirigeants, députés à la place de leurs parents, magistrats distingués selon la tradition familiale, entrepreneurs, directeurs et chefs des autres ;

(f) les autres, les insignifiants, luttent pour le salaire journalier, pour le pain quotidien, pour la survie, sans perspectives au-delà de leurs rêves et sans forces au-delà de leurs mains.

Si l’insignifiant ne bénéficie pas de la faveur ou de la tolérance d’un ou plusieurs importants, il ne se relèvera pas. Il sera éprouvé. Il rencontrera sans cesse des obstacles. Ses enfants seront éprouvés, n’obtiendront pas l’éducation des importants et, de surcroît, seront accusés de leur instruction limitée et de la faiblesse de leur famille. Ils ne pourront pas aller à l’Astir de Vouliagmeni pour tomber amoureux, comme le font les fils des patriciens [Nomika Epilekta, « Septembre le difficile »], et ils ne cesseront pas de se battre pour payer factures, prêts, impôts et charges.

Les insignifiants et les inconnus accomplissent le service militaire, tandis que les importants et les célèbres en sont exemptés ou servent fictivement, pour l’apparence, comme dans le cas des neveux de l’« ethnarque » de Serrès et d’autres cas semblables.

Cette situation d’inégalité sociale est approuvée, entretenue et renforcée par les Grecs contemporains, tandis que, dans d’autres cas, ils demeurent simplement passifs.

La plupart cherchent à devenir importants alors qu’ils sont insignifiants, sans compter les efforts, les sacrifices et les moyens, qu’ils soient honnêtes ou malhonnêtes, avec une préférence pour les seconds.

L’idéal et l’idéologie consistent à acquérir la richesse, quels que soient les efforts nécessaires.

Les sans-scrupules, les criminels de toute sorte, les fraudeurs, les usuriers, les prédateurs, les insatiables et même les meurtriers sont devenus des idoles, comme dans le cas Koemtzis. Ils sont admirés et deviennent des modèles à imiter. Le contrevenant aux lois et à la morale n’est plus puni lorsqu’il appartient aux importants et surtout aux riches. Il affronte les lois avec provocation et finit toujours par s’échapper et par être justifié.

Partant du constat que les importants sont minoritaires, tandis que les insignifiants constituent l’écrasante majorité des citoyens, cette majorité doit changer cette situation sociale malade en abolissant les discriminations.

Une assainissement immédiat est nécessaire, par la prévalence de la morale, des principes proclamés à l’échelle mondiale et des droits fondamentaux, politiques, sociaux et humains. Il faut lutter pour que s’impose l’égalité complète garantie par la Constitution, par laquelle cessera d’exister la distinction entre insignifiants et importants, puissants et faibles, privilégiés et non privilégiés.

L’abolition de cette distinction se réalise lorsque prévalent dans la société la morale avec ses règles, le respect des droits humains, politiques et sociaux, ainsi que les principes proclamés par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, applicable depuis le 1er décembre 2009. Elle suppose aussi que fonctionne le troisième pouvoir, le pouvoir judiciaire, composé de personnalités remarquables, dotées de moralité, de principes, d’expérience, de connaissances et de formation.

Sans méritocratie, sans idéologie et sans principes, la société ne sera pas élevée au rang d’espace d’égalité des chances et d’égalité ; elle glissera au contraire dans un abîme de décadence dont la sortie deviendra de plus en plus difficile et, finalement, impossible.