Note d'archive : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.

La démocratie repose sur les institutions, sur l'élection directe du Parlement et du gouvernement par le peuple, sur la séparation des pouvoirs, sur la décentralisation et sur le contrôle du pouvoir.

Sans les institutions de la démocratie, le régime parlementaire se transforme en tyrannie des forts sur les faibles et du petit nombre sur le grand nombre. Viennent ensuite la dissolution et le chaos.

Nos partenaires européens ont constaté que les institutions démocratiques ne sont pas respectées en Grèce, dont la civilisation s'est effondrée.

Un article du magazine allemand « Spiegel » du 26.03.2012, intitulé « civilisation effondrée », est représentatif des constats européens ; il y décrit la désagrégation d'Athènes et du pays.

En raison de la situation misérable que nous avons créée, notre pays ne peut être comparé à aucun autre pays et Athènes, principalement son centre, ne peut être comparée à aucune autre capitale européenne, écrit le magazine allemand.

L'autrice de l'article, la journaliste allemande Julia Amalia Heyer, décrit dans l'article précité, avec les couleurs les plus sombres, la situation lamentable du centre d'Athènes et les persécutions que les néofascistes, partisans de « l'Aube dorée », comme elle le souligne, ont lancées contre les étrangers.

Selon l'article, l'ouvrier afghan de 25 ans Massub, qui vit à Athènes depuis cinq ans et parle couramment le grec, craint de tomber entre les mains des partisans de « l'Aube dorée », le parti extrême de droite qui recueille les préférences de 4 % des citoyens selon la journaliste. Pour cette raison, il se cache dès que la nuit tombe, avec l'espoir de pouvoir bientôt partir en Allemagne ou en France, à la première occasion.

Dans son article, la journaliste n'omet pas de mentionner la fuite non seulement des touristes du centre d'Athènes, notamment de l'avenue Patission, autrefois l'un des secteurs les plus célèbres et les plus chers, où Maria Callas avait également vécu, mais aussi des Athéniens eux-mêmes, qui constituent désormais une minorité. La fuite avait certes commencé dans les années 1980, mais elle s'est intensifiée avec la crise.

Sur la place Omonia et dans les environs s'entassent des étrangers sans-abri dans des cartons, parce que toute la zone du centre d'Athènes a été dégradée, les migrants qui n'ont nulle part ailleurs où s'installer s'y concentrant.

Dans les rues centrales, comme sur l'avenue Panepistimiou, à 300 mètres de la place Syntagma et d'Omonia, on peut voir des jeunes, pour la plupart grecs, dont le nombre augmente sans cesse, se faire des injections sans précaution, piquant tous les membres de leur corps, même les parties intimes.

Les maladies, comme la syphilis et la tuberculose, progressent à vive allure, tout comme le sida, qui a augmenté de 1250 % en 2011 par rapport à l'année précédente, tandis que le nombre de malades croît chaque jour ; à la seule polyclinique de la rue Sapphous, il atteint 300 personnes par jour.

Julia Amalia Heyer insiste particulièrement sur les violences subies par les migrants et, selon une statistique du dentiste de 44 ans Nikitas Kanakis, qui dirige en Grèce l'organisation « Médecins du Monde », celui-ci a recensé, d'octobre à la fin janvier, 61 attaques racistes contre des migrants.

Un autre passage de l'article souligne l'action du chef de 54 ans de « l'Aube dorée », Nikos Michaloliakos, membre du conseil municipal d'Athènes, qui dispose de 10 000 membres dans toute la Grèce. Grâce à « l'Aube dorée », le quartier d'Agios Panteleimonas, où son organisation domine, aurait été « libéré ».

L'article mentionne la dissolution de l'État, de la police, des institutions, l'effondrement de la cohésion sociale ainsi que les initiatives de citoyens qui s'organisent pour l'autodéfense. Il fait une référence particulière à l'accord Dublin II et à la nécessité d'une intervention de l'Union européenne et de l'ONU pour résoudre le problème migratoire.

Dans ces conditions misérables, qui tendent à devenir insurmontables en raison de l'inertie, de l'incapacité et de la corruption des politiques, le peuple est appelé aux élections avant l'achèvement de la législature légale et constitutionnellement prévue de quatre ans.

Par les élections, toutefois, la situation tragique de la société ne s'améliorera pas. Elle empirera, car ceux qui seront élus proviendront du même réservoir. Ce ne seront pas des personnes incorruptibles, capables, instruites et honnêtes qui émergeront, mais les mêmes qui, comme gouvernement ou comme opposition, ont réussi à détruire la société et le pays.

La responsabilité n'incombe pas seulement à ceux qui ont exercé directement le pouvoir en occupant des fonctions gouvernementales et étatiques. Elle incombe tout autant aux opposants, de l'opposition majeure comme de l'opposition mineure, parce qu'eux aussi donnaient le rythme et le ton de la démolition, soit par leurs mobilisations incessantes et absurdes, qu'ils baptisaient « populaires » plutôt que partisanes, soit par leurs revendications provocatrices et coercitives, par les occupations, les grèves interminables, les barrages routiers, les combats de rue, les incendies et les sabotages de tout effort progressiste, de toute proposition radicale et de tout mouvement de développement.

Ni les partis de gauche ascendants ni les partis de droite descendants ne parviendront à conduire la société vers la clairière par leur participation et leur succès électoral.

Des élections naîtront de nouveaux conflits et querelles, ainsi qu'une aggravation de la situation sociale déjà insupportable, que l'article précité décrit avec tant de vérité.

La seule chose qui soit dans l'intérêt de la société et du peuple est l'entente entre les personnes raisonnables et les quelques politiques incorruptibles qui restent, afin que les élections soient reportées à la fin de la législature. Il s'agit de faire prévaloir la concorde, la réconciliation sociale et la renaissance économique, et, avec la coopération des personnes capables, de commencer à faire poindre la lumière de l'espoir vers la sortie de la vaste crise sociale, nationale, morale et politique.

Nous n'avons pas besoin d'élections alors que nous nous trouvons au milieu des ruines de l'effondrement. Nous avons besoin d'entente, de coopération et de solutions immédiates et intelligentes ; ensuite, que viennent les élections, qui seront bienvenues et utiles.