Note d’archive : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.
La relation durable, permanente, exclusive et égalitaire amoureuse et affective entre un homme et une femme, fondée sur leur décision commune, ne correspond pas à l’institution du mariage telle que nous l’avons connue jusqu’ici. Le mariage avait un objet et une finalité précis : le rétablissement social de la femme faible, l’installation domestique rapide de l’homme fort (« ou marie-toi tout jeune, ou fais-toi moine tout jeune »), dans le cadre d’une relation indissoluble (sur le papier et dans la pratique), destinée à durer aussi longtemps que les vies de l’homme et de la femme, l’acquisition d’enfants qui perpétueraient d’abord le nom des parents de l’homme et celui de l’homme lui-même, puis, si possible (selon le nombre d’enfants), celui des parents de la femme aussi, sans aucune référence à la femme elle-même (qui n’avait pas de droits égaux à ceux de l’homme, mais seulement des obligations), et la création de la maison commune, conjugale (le domicile conjugal). « Chef » de la famille était l’homme, et c’est lui qui avait toujours le premier et le dernier mot sur la vie de sa femme, laquelle prenait obligatoirement son nom et devait l’honorer par sa conduite réservée, ainsi que sur la vie des enfants mineurs mais aussi majeurs et, plus largement, de sa famille. Ainsi, par exemple, M. Ioannis Papadopoulos avec son épouse fondaient la famille de Ioannis Papadopoulos, M. Dimitrios Liakouras la famille de Dimitrios Liakouras, et ainsi de suite. Il n’était pas possible que Mme Anna Efthymiadis possède et représente la famille Efthymiadis ; elle était membre de la famille masculine sous le nom de l’homme qui la caractériserait pour le reste de sa vie (exemple caractéristique : le cas de Dora, fille de Konstantinos Mitsotakis, connue sous le nom de Dora Bakoyannis, avec le nom de son époux). D’ailleurs, les noms féminins, sans exception (peut-être à la seule exception de Maria Callas), sont formulés au génitif, le fameux génitif possessif, parce qu’ils indiquent que cette femme précise, Mme Papadopoulou ou Mme Efstathiadou, appartient à M. Papadopoulos ou à M. Efstathiadis et constitue sa propriété, et non celle de n’importe qui d’autre, pas même de son père, dont elle a abandonné le nom par la célébration de son mariage. La femme devait une aveugle obéissance à l’homme (fût-il le plus sot ou le plus idiot) et, si elle réagissait ou exprimait ses opinions, elle attirait les réprimandes et la désapprobation de tous, y compris de son propre entourage, de sa famille paternelle. Le silence constituait une « parure » pour la femme, qui devait rester silencieuse surtout lorsque les hommes parlaient et décidaient, et principalement son homme (appelé « maître de maison », « monsieur », « seigneur », « chef du foyer » et par des qualificatifs analogues). Le nom de famille de la femme disparaissait, après la célébration du mariage obligatoirement religieux, avec la personnalité de la femme, qui cessait d’appartenir à sa famille paternelle et appartenait désormais à l’homme, le maître, auquel elle devait obéissance absolue, respect et, surtout, fidélité et dévouement jusqu’à la mort. Il n’est pas question ici d’amour ni de sentiments , car l’amour peut aussi viser des choses inanimées, et c’est comme une chose que la femme a été traitée pendant des millénaires (comme une « res » avec un propriétaire déterminé, lui-même propriétaire de la maison, domus, le dominus, le maître ; et c’est ainsi, ou pire encore, que la religion musulmane la traite constamment, en lui laissant des droits rudimentaires). L’homme, par la célébration du mariage, acquérait des droits exclusifs sur la personnalité et le corps de la femme, qui lui appartenaient en propriété, conformément à l’injonction ecclésiastique « que la femme craigne son mari ». On interprétait cela comme l’obligation, pour la femme, de respecter l’homme, son propriétaire, et de l’honorer, qu’il l’honorât ou non. Elle ne devait pas seulement être honnête, mais le paraître, comme on l’a dit, selon l’histoire, de la femme (propriété) de César. En tout cas, l’homme devait veiller au « bien » de sa femme comme il veillait à ses autres propriétés (ou comme le Christ veille à l’Église, selon l’enseignement ecclésiastique). Il devait la soigner, la nourrir, la protéger, la guider et la corriger, même par des voies de fait permises et souvent brutales, par brutalité physique, car l’homme avait le droit, au-delà du droit-devoir conjugal, « même de battre » (selon le dicton correspondant). Jusqu’à aujourd’hui encore, ces situations et ces, disons, « principes » continuent d’agir, non comme un simple écho, dans la vie de l’homme et de la femme, directement (parce que l’homme souhaite qu’ils valent encore, et souvent la femme « traditionnelle » elle-même aussi) ou indirectement (parce que les parents de l’homme, et souvent ceux de la femme également, le souhaitent). Cela se voit dans la vie quotidienne de l’homme et de la femme liés par le contrat de mariage. En règle générale (avec des exceptions), l’homme exige de sa femme qu’elle le soigne, surtout s’il est premier-né et fils unique (la seconde hypothèse étant la pire), comme le soignait et le choyait sa mère, à laquelle il était lié par le fameux complexe d’Œdipe. Il devient difficile et se révolte si la femme, son épouse, ne cuisine pas pour lui, ne lave pas pour lui, ne veille pas avec soin à la propreté de leur logement et de lui-même, ne fait pas les courses, ne s’occupe pas de l’éducation de son enfant ou de ses enfants à lui et n’exécute pas les devoirs que la femme a exécutés de tout temps comme propriété de l’homme, l’épouse-objet d’exploitation, avec en premier lieu le devoir accompli (pas nécessairement) sur le lit conjugal. Même la législation moderne, qui relève de la branche du droit de la famille, donne dans bien des cas une avance et des privilèges à l’homme, soulignant en substance la supériorité de son sexe par rapport à la femme sous le régime du mariage. Ainsi, à défaut d’accord exprès, avant la célébration du mariage, sur le nom des enfants, les enfants prendront obligatoirement le nom de l’homme et non celui de la femme. Cette règle injuste et inégale constitue un vestige des anciennes conceptions et lois androcratiques. Dans la présente brève analyse et l’exposé de réflexions et de constats relatifs au mariage moderne, nous ne traitons pas de la législation ni du droit de la famille, qui règle au niveau juridique (selon la volonté du législateur, grec et européen) les questions relatives au mariage et à la famille. Notre objectif est de décrire la relation de l’homme et de la femme telle qu’elle est réellement, et non telle que nous voudrions qu’elle soit, qu’elle devrait être ou que nous croyons qu’elle est, en référence au mariage moderne ou à quelque nom que l’on donne à cette relation qui relie de manière stable un homme et une femme (« compagnonnage », « couple », « famille », « vie commune », « cohabitation », « amants », « lovers »). Nous n’examinons pas les fameuses relations homosexuelles et autres relations semblables, que nous considérons comme des relations de marge, même si elles ont émergé à la lumière, dans la publicité, et bénéficient de la tolérance sociale ou de l’approbation sociale. Dans la première partie de l’analyse, il a été fait référence aux éléments requis pour qu’existe un véritable mariage ou, plus exactement, une véritable relation amoureuse. Cette relation a une substance, un sens et une durée si elle s’est appuyée et se construit continuellement sur la liberté de l’homme et de la femme et sur leurs choix libres, absolus et sans cesse renouvelés, sans engagements, sans obligations, sans contraintes et sans règles juridiques ou autres règles sociales, familiales, traditionnelles ou circonstancielles. Toute règle, tout principe et toute directive qui influeraient de manière décisive sur cette relation de l’homme et de la femme, en réduisant ou en atteignant leur liberté absolue dans leurs choix, leurs décisions et leurs mouvements, nuisent directement à l’authenticité, à la stabilité et à la durée de la relation qui, il faut le souligner, est une relation de liberté absolue, illimitée et intacte. Et il n’est pas permis qu’elle se transforme ou s’altère en autre chose, différente, tout en conservant l’apparence de la relation et du lien de l’homme et de la femme, qui sont contraints de devenir des acteurs pour le reste ou pour une grande partie de leur vie, feignant de coexister harmonieusement et de s’identifier amoureusement. Seule la liberté donne de la joie, et sa privation, même minime, provoque de la tristesse, laquelle est destinée à corroder à son tour l’édifice de l’amour, du désir et des sentiments authentiques qui peuvent soutenir la durée et durcir comme le granit la décision de l’homme et de la femme de devenir une unité d’amour véritable que même la mort ne dissout pas. Le mariage moderne, le compagnonnage, ne tolère aucun des éléments et composants de l’ancien mariage « traditionnel », déjà mort, parce qu’il reposait sur l’inégalité, l’oppression, l’injustice et, par-dessus tout, sur la simulation (le théâtre devant les autres et devant la société. C’est pourquoi il importait tant, pour l’homme et la femme, de savoir « ce que dira la société », c’est-à-dire le cercle étroit des connaissances, des quelques parents et des amis qui se moquaient bien de savoir si l’homme et la femme vivaient bien ou connaissaient conflits et dysharmonie). Le maintien du mariage dans les registres ou dans l’unité électronique de données de l’état civil, la cohabitation au domicile conjugal, l’apparition commune de l’homme et de la femme lors d’événements sociaux ne constituent pas un mariage, mais une représentation théâtrale de longue durée et un jeu continuel, habile, des rôles d’époux et d’épouse, de père et de mère, de couple, de paire et de famille. Cela arrive lorsque la liberté manque, parce qu’elle emporte avec elle le désir, l’amour et les sentiments authentiques, ne laissant par indulgence que l’habitude, sur laquelle le mariage moderne ne peut pas se fonder, mais seulement un « arrangement » maladif, mort du désir et de la joie. La relation authentique de l’homme et de la femme est celle dont les structures ne sont pas affectées par toutes les influences extérieures, qu’elle repousse résolument. Elles sont repoussées ensemble, c’est-à-dire par l’homme et la femme qui ont librement décidé, par leur choix irréprochable, d’être ensemble pour toujours ou pour la durée pendant laquelle resteront vivants et forts les sentiments d’amour, de respect, d’intérêt, de tendresse et tous les autres sentiments qui caractérisent les relations authentiques du lien amoureux stable d’un homme avec une femme (et d’une femme avec un homme). Ces influences sont notamment les interventions des parents et des proches (surtout des frères et sœurs) de l’homme ou de la femme, les interventions des enfants majeurs de l’homme et de la femme, ou de l’homme ou de la femme, si l’homme, la femme ou les deux ont eu des enfants de mariages antérieurs, les intrusions d’amis proches de la famille ou d’amis de l’homme ou de la femme, les interventions de conseillers spécialisés ou de conseillers conjugaux, les opinions de spirituels (prêtres et moines), ainsi que des intrusions similaires qui conduisent avec une précision mathématique à la falsification de la relation, au relâchement de la communication de l’homme avec la femme et, finalement, à la dissolution de la relation et du prétendu lien stable (transformant souvent ceux qui s’identifiaient amoureusement en adversaires irréconciliables et en ennemis mortels, chacun recherchant la soumission totale et l’anéantissement de l’autre pour s’en réjouir). Les parents, proches ou plus éloignés, les amis, familiaux ou autres, les enfants, mineurs ou majeurs, et tous les autres tiers n’ont pas leur place dans le cercle étroit que dessine la relation également étroite, jusqu’à l’identification, de l’homme et de la femme, dans le cadre du mariage moderne ou de la relation moderne correspondante qui ne s’identifie pas au mariage traditionnel de l’inégalité, de l’oppression, de la contrainte torturante et de la soumission, mais en diffère radicalement. Tous ceux-là, les tiers, se trouvent hors de la relation et jamais en elle. Autrement, il cesse d’exister un lien direct, fort, authentique et durable de l’homme avec la femme. Ce lien se relâche lorsqu’il commence progressivement ou immédiatement à inclure les autres, les tiers qui finissent par prévaloir, déplacent les deux partenaires hétérosexuels et s’installent eux-mêmes à la place de l’homme et de la femme, qui deviennent de simples figurants dans le théâtre intitulé « famille ». Un exemple caractéristique de faux mariage et de fausse relation, de faux lien entre un homme et une femme, qui constitue une représentation théâtrale permanente devant la société (dans l’environnement social commun de l’homme et de la femme), est le mariage dans lequel interviennent directement surtout les enfants majeurs, qui ne s’intéressent pas aux sentiments de leurs parents, l’homme et la femme (« ils s’en fichent royalement »). Ils ne s’intéressent qu’à leurs intérêts étroits, personnels, égoïstes, purement utilitaires et matériels, en se désintéressant des sentiments, des besoins et des désirs de l’homme, le père, et de la femme, la mère (ou, selon le cas, de l’homme, le grand-père, et de la femme, la grand-mère, dont la vie perd une part importante de sa valeur, humiliée avec le passage du temps et leur vieillissement continu, accompagné de faiblesse, de maladie et du déclin des fonctions intellectuelles, plus ou moins marqué). Par leur ingérence (le plus souvent directe, parfois indirecte), ils essaient d’obtenir et d’extorquer des avantages, surtout matériels mais aussi moraux. Ils tentent de se concilier l’homme-père ou la femme-mère, ou les deux à la fois, en cultivant habilement leurs passions et leurs faiblesses, indifférents au fait que ces interventions et ces efforts peuvent nuire et détruisent habituellement la relation étroite de désir et d’identification de l’homme et de la femme, qui finissent isolés. L’homme, lorsqu’il s’occupe au-delà de la mesure de l’enfant ou des enfants qu’il a eus avec la femme (ou avec une autre femme), et réciproquement la femme lorsqu’elle s’occupe de l’enfant ou des enfants au-delà de la mesure, finissent par détruire leur relation de liberté, parce qu’ils s’asservissent aux désirs, aux volontés et aux interventions des enfants. Cette évolution négative constitue la règle selon laquelle l’homme et la femme permettent (et ne se bornent pas à tolérer) aux enfants de les importuner et de les troubler par des intrusions arbitraires dans leur propre sphère de vie étroite et absolument personnelle. L’influence des enfants majeurs est due au relâchement de la relation et du lien de l’homme et de la femme, leurs parents. Ce relâchement, qui aboutit à la rupture et au conflit, est dû à l’égoïsme de l’homme et de la femme, ou de l’un des deux. L’égoïsme qui aveugle l’être humain et empêche l’usage de la raison pousse l’un ou l’autre, ou les deux, à se concilier tel ou tels enfants, en raison de l’identification qu’ils ressentent avec lui ou avec eux, et non avec leur partenaire. La croyance selon laquelle l’acquisition d’enfants perpétue la personnalité du parent continue de dominer. Caractéristique est surtout la référence de la mère à son fils unique en toute occasion et circonstance : « Mon petit Giorgakis (qui peut avoir quatre décennies d’âge) était né lorsque nous sommes allés pour la première fois à Thasos ». « Mon Thanasis (lui aussi adulte d’âge mûr) avait terminé son service lorsque la pluie est tombée pour la première fois au village après deux années de sécheresse ». Analogues sont les déclarations surtout des mères qui remplacent la chronologie chrétienne (après Jésus-Christ et avant Jésus-Christ) par celle depuis la naissance ou avant la naissance de leur chéri. Dans ces innombrables cas, il n’est pas possible de parler de mariage moderne ou traditionnel, harmonieux ou problématique, car le mariage a disparu depuis longtemps et le théâtre en est à la millième reprise de l’œuvre de la simulation (du jeu d’acteur) et de la vanité. Pour que le mariage moderne se maintienne comme lien durable et stable, de santé, de bonheur et de joie, les enfants (surtout les majeurs) ne peuvent pas intervenir. Ils demeurent hors de la relation de l’homme et de la femme, et cela peut se réaliser s’il existe une identification entre les deux, l’homme et la femme, et une relation d’harmonie. Sur la base de cette identification, l’homme et la femme (parents naturels ou adoptifs, ou non) affrontent les enfants mineurs et surtout majeurs ensemble, par un comportement commun et par des actions et actes communs. Ils repoussent absolument et ne permettent pas même aux enfants de troubler le noyau dur et étroit de la relation, du lien de l’homme et de la femme (mariés ou non). Leur comportement est unifié et, comme tel, il est efficace et profite d’abord à eux-mêmes (l’homme et la femme), qui continuent de vivre ensemble harmonieusement et librement, puis aux enfants, qui en tirent un véritable bénéfice sans que soient satisfaites leurs visées égocentriques et leurs caprices. Dans les cas où l’homme se concilie sa fille ou la femme se concilie son fils (selon la règle), le lien entre homme et femme se brise et se détruit, et la relation durable, forte, étroite et libre d’identification se dissout pour toujours. Si le mariage demeure comme contrat formel, le bonheur s’en est allé et l’homme avec la femme se transforment en véritables « époux » qui, progressivement, se dégoûtent mortellement l’un de l’autre. Ils s’aliènent et deviennent « deux étrangers dans la même maison », avec toutes les conséquences négatives. Il y eut, par exemple, un cas (non extrême) où l’homme et la femme, comme époux, séparaient même les aliments dans leur réfrigérateur, en « à moi » et « à toi », et se disputaient pour savoir qui cuisinerait ou utiliserait les ustensiles et les meubles domestiques, après quelques années d’identification absolue et de relation amoureuse chaleureuse. Cela était dû aux interventions des tiers ainsi qu’à celles des enfants majeurs qui, du conflit de l’homme et de la femme (qu’ils avaient savamment cultivé), espéraient tirer davantage d’avantages. Dans tous les cas où l’homme ou la femme, ou les deux ensemble, s’offrent à devenir les serviteurs de l’enfant ou des enfants, en s’aimant eux-mêmes de façon complexée et égopathique (à travers leurs enfants, qu’ils croient leur appartenir et qu’ils servent pour cette raison avec dévouement et une servilité répugnante), nous ne pouvons pas parler de maintien du mariage, du compagnonnage, de la relation ou du lien. À leur place se met l’enfant ou les enfants (c’est-à-dire les « successeurs » aspirants) qui deviennent l’objectif de l’homme et de la femme, les parents, avec pour résultat que ceux-ci cessent de former une unité et dissolvent leur relation d’amour. Dans ce cas, l’homme et la femme ne peuvent pas comprendre que l’enfant ou les enfants issus d’eux sont d’autres êtres humains, entièrement distincts, avec leur propre pensée autonome, leurs propres choix et décisions, et des intérêts séparés qu’ils poursuivent avec passion. Le seul « lien » véritable (et indifférent) est la parenté biologique, qui ne devrait jouer aucun rôle à l’époque moderne. D’ailleurs, les relations des parents adoptifs se révèlent beaucoup plus fortes et plus saines que celles des parents biologiques dans la plupart des cas. L’enfant ou les enfants n’appartiennent pas aux parents, surtout après leur majorité. En tant qu’autres êtres humains (et distincts), ils demeurent, dans les situations saines, hors et loin du lien étroit et de la relation de désir (d’amour) de l’homme et de la femme. Les enfants, profitant des services, de l’intérêt et des dons, petits ou grands, de leurs parents, ne deviennent pas indépendants, mais s’agrippent aux parents qu’ils exploitent jusqu’à des âges mûrs, en se rendant malheureux et en acquérant de nombreux défauts (complexes). En même temps, de ces relations d’égopathie et de complexes naissent d’autres situations, pires encore : les enfants « bénéficiaires » perdent tout sens de respect, d’estime puis d’amour envers leurs parents, qu’ils traitent comme une source de prestations continues qui, si elles diminuent ou cessent, leur font croire qu’ils subissent une injustice parce qu’ils perdent des « droits acquis ». Il n’est pas rare (au contraire, c’est fréquent) que les enfants répartissent le patrimoine de l’homme et de la femme (séparé ou commun) en leur présence et se comportent comme s’ils parlaient de personnes déjà mortes dont ils héritent. Concrètement, les enfants qui ont bénéficié des prestations et services (des parents-esclaves) souhaitent la mort de l’homme et de la femme, leurs parents, afin d’acquérir, en qualité d’héritiers, leurs biens, qu’ils ont pris soin, s’ils sont plusieurs, de partager avant la mort de leurs parents (ce sont les « héritiers béants », comme on disait autrefois, c’est-à-dire les héritiers qui rient à l’annonce de la mort de ceux dont ils héritent, leurs parents). Si l’homme et la femme, les parents, ont donné leurs biens aux enfants qu’ils ont accepté de servir, ils finissent nécessairement en maison de retraite ou dans un autre entrepôt de personnes âgées, avec insensibilité, en récompense et paiement de leurs services et de leurs dons. Dans de nombreux cas interviennent, sur invitation ou sans invitation, des prêtres (spirituels) qui essaient de maintenir le mariage mort, recommandant la patience au nom des enfants, de la société, de l’institution et du sacrement. Or la patience n’a aucun rapport avec le véritable lien de l’homme avec la femme ni avec le véritable mariage moderne. Si l’homme ou la femme, ou les deux, font preuve de patience, ils subiront un martyre immédiat, durable et interminable qui les réduira à des loques humaines, sans rêves, sans perspective et sans espoir. La patience, dans ce cas, équivaut à une condamnation, et le résultat sera le malheur de l’homme, de la femme et, plus encore, de l’enfant ou des enfants de la patience. Le mariage moderne n’a besoin d’aucune cérémonie, solennité ou inscription, ni de patience. Il repose sur la relation d’égalité de l’homme avec la femme et inversement. Il exclut tous les tiers, et surtout l’enfant ou les enfants, du lien étroit de durée et de sentiments, de désir et d’identification de l’homme et de la femme (le noyau dur inviolable). Il constitue une unité composée de l’homme et de la femme. Une unité de jouissance durable, indépendamment de l’âge qui, plus il avance, plus il forge le lien de durée et de bonheur qui se renouvelle sans interruption. L’homme ressent la présence de la femme comme indispensable et la femme brûle de rencontrer l’homme, à chaque instant, chaque minute, chaque seconde. Lorsqu’ils se trouvent ensemble dans le même lieu ou dans le même logement, les deux ont beaucoup à échanger. Ils peuvent discuter et ne se lassent pas du dialogue. Ils partagent tout parce que cela les réjouit. Ils échangent des vues, des opinions, des informations, des sentiments. Ils font en commun des choses qu’ils apprécient. Ils élaborent des programmes et des plans d’actions diverses. Ils créent ensemble ou l’un aide l’autre dans son travail, et cette aide rend de la satisfaction surtout lorsqu’elle est efficace. Ils n’ont pas les mêmes opinions, mais leurs différences créent l’harmonie, car ils se rencontrent dans la communication qu’ils recherchent et poursuivent. L’absence physique de l’homme ou de la femme est couverte par l’information et, lorsque l’homme ou la femme apprend que l’autre se trouve dans un environnement agréable, se divertit, progresse ou crée, il ou elle partage cette joie sans ressentir jalousie, envie, inquiétude ou autre sentiment négatif. Ensemble ils prennent des décisions et les réalisent. Par un comportement commun, ils entourent l’enfant ou les enfants mineurs et, de manière unifiée, affrontent et soutiennent l’enfant ou les enfants majeurs, auxquels ils ne permettent pas d’intervenir dans leur relation, qui demeure au-dessus, hors et loin de tous les tiers. Lorsqu’ils sont ensemble, ils peuvent se comporter en pleine liberté, sans faux-semblants, sans secrets qu’ils n’ont pas obligation de « révéler », sauf s’ils le souhaitent, et sans que l’un presse l’autre à des révélations ou déclarations. Ensemble ils apprennent de nouvelles choses et, si cela leur plaît, ils peuvent étudier, s’occuper de nouvelles sciences ou de langues étrangères, améliorer leur formation, éliminer leurs défauts en s’aidant l’un l’autre, et jouir de la vie sans oppressions, entêtements, égoïsmes et toutes ces choses insignifiantes avec lesquelles les « époux » pouvaient, arrivaient et arrivent encore aux extrêmes et à des affrontements d’anéantissement mutuel. Le mariage moderne exige un homme moderne et une femme moderne. Il ne veut pas de Taliban [nomika epilekta « Les Taliban en Grèce »], ni d’égopathes, de complexés et de personnes figées. Notre époque a réussi à comprendre que ce ne sont pas les cérémonies ni les préjugés sociaux qui font le mariage. Le mariage ne se fait pas et n’existe pas pour le mariage. Le mariage n’est constitué que par la liberté dans tous les domaines et toutes les manifestations de la vie. La liberté, sans aucune restriction, crée le véritable amour qui accompagne l’homme et la femme en rendant leur vie lumineuse, vie de véritable bonheur qui s’identifie au progrès et aboutit à la jouissance de toute joie dont les époques et générations précédentes (les siècles et les millénaires) furent privées, parce qu’elles n’ont pas placé la liberté au centre de la vie commune, au centre du mariage moderne, du véritable mariage. E. Papadakis
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