Note d’archive : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.

On définit comme monument tout produit de l’activité humaine sur la terre chargé de mémoire. Le monument fait vivre la mémoire humaine et constitue le lien entre hier et aujourd’hui. Il témoigne d’une autre époque et façonne la physionomie particulière d’un lieu. La nécessité de conserver et de protéger les monuments contre les altérations et destructions dues aux facteurs environnementaux est constante.

La pierre est l’un des matériaux les plus largement utilisés pour la construction de bâtiments et de monuments dans l’Antiquité, d’autant que le calcaire abonde dans notre pays. Pour relier et stabiliser les maçonneries, on employait souvent des mortiers, des liaisons métalliques et d’autres matériaux qui, sous l’effet de l’environnement, s’usent et s’altèrent. Les liaisons métalliques s’oxydent, se dilatent et exercent des tensions sur les matériaux de construction jusqu’à provoquer des ruptures.

L’eau, sous ses diverses formes, constitue un important facteur d’altération des monuments. Elle pénètre facilement dans les fissures de la pierre et, par le phénomène de remontée capillaire, l’imprègne en profondeur en entraînant des composants du sol, tels que les sels. En période de sécheresse, l’eau s’évapore et les sels cristallisent, provoquant une corrosion des céramiques, des fresques et des pierres. Ce phénomène de cristallisation des sels est fréquent dans les monuments situés près de la mer. L’eau de mer contient des sels et agit donc sur les matériaux des monuments par la cristallisation des sels solubles qu’elle contient, surtout dans les matériaux poreux comme les céramiques et les roches. Lorsque la température baisse et que l’eau se transforme en glace, de fortes pressions peuvent conduire à la rupture.

Un autre facteur d’altération est la variation de l’humidité relative. Une humidité relative supérieure à 70 % favorise le développement de micro-organismes et de moisissures sur les matériaux hygroscopiques, tels que le papier, le tissu, le bois et autres. À l’inverse, la baisse des niveaux d’humidité provoque le retrait et parfois la destruction de ces matériaux. Les variations continues d’humidité affaiblissent les matériaux composant les œuvres d’art et entraînent souvent des altérations irréversibles, voire une destruction totale. Le niveau d’humidité relative doit donc rester stable, idéalement autour de 45 %.

Le facteur biologique est une autre cause d’altération des monuments et des objets muséaux. Le caractère acide des sécrétions animales et végétales attaque la pierre et les matériaux organiques, comme le papier, le bois, le tissu ou le cuir, tout comme la formation de colonies végétales, de lichens, de micro-organismes, de bacilles et de bactéries.

La lumière, dans le spectre visible, infrarouge et surtout ultraviolet, a des effets destructeurs sur les pigments des œuvres d’art. De nombreuses couleurs pâlissent, se décolorent et s’affaiblissent ; il faut donc éviter le contact direct d’une lumière solaire abondante avec l’œuvre, ainsi qu’un éclairage artificiel intense. Quant au rayonnement ultraviolet, son effet est négligeable sur les matériaux inorganiques, tels que l’argile, le verre, le métal et la pierre, mais les éclairages de forte intensité doivent être évités afin de ne pas élever la température du lieu et de ne pas réduire le niveau d’humidité. L’argile et le verre supportent une intensité lumineuse jusqu’à 300 lux, tandis que le métal et la pierre peuvent aller jusqu’à 500 lux. En revanche, les matériaux organiques, comme le bois, le cuir, le papier, le tissu, ainsi que les peintures sur bois ou toile, sont très sensibles au rayonnement ultraviolet, avec une limite maximale admissible de 150 lux. Pour éviter la corrosion photochimique dans les espaces muséaux, on utilise des écrans et absorbeurs UV ; les flashes photographiques et l’éclairage de caméras de télévision doivent être évités.

Les variations continues de température provoquent dilatations et contractions des matériaux, ce qui entraîne des fissures. Ces variations concernent surtout les monuments en pierre exposés au soleil le jour et au froid la nuit. Les roches sont de mauvais conducteurs de chaleur ; leur surface se réchauffe donc davantage que leur intérieur, et cette différence de température, lorsqu’elle est fréquente et brutale, provoque écaillage et cassure. Un orage soudain peut par exemple faire chuter brutalement la température d’une roche chauffée au soleil et provoquer des fissures et des exfoliations. La température, combinée à l’humidité, agit fortement sur les peintures sur toile, provoquant des fissures dans la préparation et des décollements de la couche picturale. Dans un musée, la température moyenne doit être maintenue autour de 21 °C et contrôlée par des installations centrales de climatisation. Le nombre de visiteurs influe sur la température et l’humidité ; selon les normes, la densité idéale est de 3 à 5 personnes par mètre carré.

Un paramètre important à contrôler dans les espaces d’exposition et les lieux de monuments est le niveau sonore, facteur essentiel pour la sécurité des objets. Dans le cas de hautes fréquences provenant d’une source sonore, les matériaux des objets muséaux ou du monument peuvent entrer en résonance, absorber une grande énergie et subir des altérations importantes, voire une destruction. Une circulation automobile dense, la présence d’un aéroport à proximité de musées et de monuments ou des travaux de construction peuvent constituer des sources sonores nuisibles. La limite sonore admissible dans ces lieux est de 35 à 75 dB.

La pollution atmosphérique industrielle est elle aussi un paramètre important d’altération des monuments, car elle augmente les concentrations de dioxyde de soufre, d’oxydes d’azote et de particules en suspension, causant de graves dommages aux matériaux de construction des monuments, comme la pierre, les mortiers et les métaux. Les polluants atmosphériques se présentent généralement sous forme gazeuse ou solide, principalement sous forme de particules. Il peut s’agir de divers gaz, poussières, sable, argiles, oxydes métalliques, gypse, ciment et fumée issue de la combustion incomplète de substances carbonées. Les vents maintiennent en suspension les particules solides transportées comme poussière ou fumée. Les particules les plus grosses créent des cavités à la surface des monuments, tandis que les plus petites adhèrent et forment des dépôts noirs de suie ou rouges d’oxydes de fer. Ces dépôts provoquent une corrosion des roches, des métaux, des mortiers et des fresques, et réduisent leur valeur esthétique.

Dans l’atmosphère des zones industrielles et des grandes villes, comme indiqué plus haut, les concentrations de dioxyde de carbone, de dioxyde et trioxyde de soufre et d’oxydes d’azote sont élevées. Ces gaz se dissolvent dans l’eau de pluie et se transforment en acides, donnant naissance aux pluies acides. Les effets de l’attaque acide sont visibles sur les sculptures exposées à la pluie, surtout sur les reliefs, dont les traits s’altèrent nettement. Des exemples caractéristiques d’attaque acide existent à Athènes et à Rome, où l’acidité des pluies a endommagé des monuments très importants comme l’Acropole et le Colisée. Les surfaces des sculptures qui ne sont pas en contact avec l’eau de pluie se transforment en gypse, phénomène de gypsement.

L’eau de pluie transforme également le dioxyde de carbone en acide, agit sur le marbre et dissout la calcite des monuments. Après la pluie, lorsque l’eau s’évapore, la calcite se reforme, donnant à la surface du marbre un aspect « sucré » ; ce phénomène est appelé saccharification du marbre. L’effet sur les monuments est une réduction de leurs dimensions d’un à deux centimètres sur une période de 2 400 ans. Le dioxyde de soufre produit des effets similaires sur les marbres et les roches calcaires.

Les oxydes d’azote, eux aussi présents en forte densité dans l’atmosphère polluée, réagissent avec le matériau calcaire des roches, entraînant sa dissolution et la disparition des détails sculptés. Pour éviter ces phénomènes, il est recommandé d’abriter les monuments lorsque cela est possible.

Outre la pierre, les autres matériaux des monuments et des objets muséaux sont également corrodés par les polluants de l’atmosphère. Les métaux s’oxydent, ce qui entraîne une perte de masse. Le fer se corrode plus que tout autre métal. Le cuivre présente des couches successives de corrosion de couleurs différentes, rouge, bleue et verte. L’argent est fortement affecté par le sulfure d’hydrogène, surtout en milieu de forte humidité.

Les tissus exposés à la lumière dans un environnement pollué présentent un niveau élevé de corrosion. Le principal effet des polluants gazeux sur les tissus est la rupture de la trame, due à la perte d’élasticité, ainsi que leur décoloration. Le dioxyde de soufre agit sur le cuir et le papier en provoquant des altérations importantes. Le sulfure d’hydrogène interagit aussi avec le plomb contenu dans certains pigments et les noircit. Les pages des livres changent de couleur sur les bords et deviennent fragiles. Les fibres animales contenues dans la laine, la soie, le cuir et le parchemin sont fortement corrodées par la pollution atmosphérique. Le cuir se dégrade en présence de dioxyde de soufre jusqu’à se transformer en poussière. Des altérations similaires touchent les objets en laine, soie et papyrus.

Le dioxyde de soufre agit aussi directement sur de nombreux pigments, principalement lorsqu’ils se trouvent dans des fresques exposées directement à un environnement pollué, sans vernis ni aucune protection. Les mortiers des fresques contenant du carbonate de calcium se corrodent également.

La pollution atmosphérique agit également sur les objets en verre, en présence de dioxyde de soufre et d’oxyde d’azote.

Pour la protection des monuments et des objets muséaux contre la pollution atmosphérique, un contrôle permanent de l’air des espaces muséaux est nécessaire, avec renouvellement de l’air et installation de filtres à charbon actif. Il faut aussi éviter un nombre excessif de visiteurs, afin de ne pas augmenter le niveau d’humidité et la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Pour les monuments situés en extérieur et exposés à la pollution atmosphérique, des vitrines transparentes et étanches avec atmosphère inerte peuvent être nécessaires, comme pour les statues de bronze du Pirée, conservées sous conditions spéciales d’azote et protégées de l’humidité et des gaz d’échappement. Très souvent, les sculptures et autres objets transportables sont placés dans des espaces muséaux et remplacés par des copies, comme les Caryatides, déjà transférées au nouveau musée de l’Acropole pour être protégées, tandis que des copies fidèles ont été installées à leur place.

Le dernier type d’atteinte environnementale est l’homme lui-même. Le monument peut être fonctionnel, utilisé et fréquenté par de nombreux visiteurs, ce qui entraîne nécessairement une usure. Il existe aussi des personnes indifférentes à la valeur historique, esthétique ou archéologique des objets exposés et des monuments, d’où les noms et slogans gravés ou peints à la bombe. Des monuments culturels ont également été détruits pour des raisons de fanatisme religieux, tandis que beaucoup d’autres ont été blessés par le trafic d’antiquités, comme en témoignent les statues décapitées dont le poids empêchait le vol intégral. Malheureusement, la clôture n’est pas toujours possible, pas plus que la surveillance. Seuls les musées et les sites archéologiques abrités peuvent être pleinement contrôlés. Les objets y sont protégés de tout facteur environnemental d’altération et les conditions de conservation y sont maîtrisées.

À Athènes, selon les mesures, les concentrations de gaz dangereux dans l’atmosphère sont très élevées. La nécessité de prendre des mesures immédiates est impérative afin de limiter la corrosion des monuments et de préserver le patrimoine national. Le Parthénon se dresse fièrement sur le rocher de l’Acropole depuis plus de 2 000 ans. Il a résisté aux séismes, aux bombardements, aux conquérants et aux intempéries ; pourtant, la plus grande altération qu’il ait subie s’est produite au cours des dernières décennies, sous l’effet d’une atmosphère lourdement chargée.

Le changement climatique attendu, selon les scientifiques, dans les prochaines années, menace directement des trésors archéologiques inestimables. L’élévation du niveau de la mer et la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes frapperont directement des monuments, comme ceux de Venise ; indirectement, les variations d’humidité et de température auront aussi des effets graves sur les monuments et les sites historiques. La protection des monuments n’est pas seulement une nécessité, mais un devoir national et un signe de respect pour notre histoire. La protection efficace d’un monument ou d’un site archéologique exposé aux intempéries n’est pas toujours simple ; les dilemmes sont nombreux. Elle peut imposer des constructions qui modifient à la fois l’environnement naturel, l’historicité et la valeur esthétique du lieu.

Bibliographie

Lampropoulos V., Environnement des monuments, musées et sites archéologiques, Athènes, 2003.

Pollution atmosphérique, ministère de l’Éducation et des Cultes, éditions Athènes, 2000.

Skoulikidis Th., Altérations et conservation des monuments, Athènes, 1994.

Lampropoulos V., Corrosion et conservation de la pierre, Athènes, 1993.

Marina Avgerinou

Conservatrice d’antiquités et d’œuvres d’art