Note d’archive : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.
À l’occasion des événements regrettables survenus dans le centre d’Athènes et de leurs effets destructeurs sur l’image du centre-ville, avec ses bâtiments néoclassiques classés brûlés et dégradés, il est utile de revenir sur l’histoire de l’architecture athénienne et sur ce qu’il en reste. Le terme néoclassicisme désigne un vaste mouvement culturel qui se diffusa largement en Europe à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. Il renvoie à l’intérêt suscité pour l’Antiquité classique par les fouilles de Johann Joachim Winckelmann à Herculanum et à Pompéi. En Grèce, le néoclassicisme coïncide avec l’arrivée du premier prince bavarois, Othon, et se prolonge jusqu’à l’entre-deux-guerres. Les bâtiments et vestiges antiques conservés fonctionnent comme modèles et objets d’étude, exemples vivants ayant façonné la mémoire esthétique des Athéniens. Le besoin de se détacher des traces de la domination ottomane contribue également à l’affirmation du néoclassicisme. Le courant architectural né en Occident revient ainsi vers le lieu qui l’avait porté. Sous l’effet des particularités de l’espace grec, il acquiert sa propre personnalité et devient le néoclassicisme néohellénique. Les maisons néoclassiques se distinguent par la richesse du décor, le luxe, les matériaux coûteux et les grands espaces. La présence d’éléments de style grec ancien, la mesure et les proportions harmonieuses caractérisent l’architecture néoclassique.
Le 3 février 1830, à Londres, est signé le protocole reconnaissant la Grèce comme État indépendant et libre. Malgré cela, les Turcs ne quittent pas Athènes et continuent d’occuper l’Acropole, qu’ils remettent trois ans plus tard, en mars 1833. Trois mois après, le décret faisant d’Athènes la capitale de l’État grec est signé. Le mouvement néoclassique arrive alors au moment opportun pour proclamer et matérialiser la renaissance de l’idéal grec antique dans une Grèce qui tente de renaître de ses cendres. L’état d’Athènes à cette époque est dramatique, et un immense effort d’urbanisme et de construction commence. La première grande œuvre néoclassique est le plan d’urbanisme d’Athènes de Kleanthis et Schaubert, finalement appliqué avec plusieurs modifications. Aujourd’hui, plusieurs bâtiments et églises sont conservés, tandis que de nombreuses demeures privées furent démolies dans la reconstruction incontrôlée de l’après-guerre. Parmi les bâtiments les plus importants légués par le néoclassicisme figurent l’Université, œuvre de Christian Hansen, la Bibliothèque nationale et l’Académie d’Athènes, œuvres de Theophil Hansen. Ces édifices se distinguent par la perfection de leurs proportions et leur décor sculpté. D’autres bâtiments importants sont l’ensemble du Polytechnique, œuvre de Kaftantzoglou, le bâtiment de l’ancien palais de Gaertner, le Zappéion de Boulanger et Hansen, l’Arsakéion de Kaftantzoglou, l’Observatoire de Theophil Hansen, l’hôpital militaire de Makrygianni, le Musée archéologique de la rue Patission et l’ancienne Vouli de Boulanger.
La personnalité qui se distingue durant la période néoclassique est Ernst Ziller, qui vécut de longues années en Grèce et réalisa le plus grand nombre de constructions. Il s’imposa comme le poète de l’architecture néoclassique. Parmi ses œuvres figurent notamment les palais de la rue Irodou Attikou, l’Iliou Melathron, le Théâtre national et le bâtiment qui abritait le cinéma Attikon, récemment incendié par des personnes cagoulées. Les architectes du néoclassicisme n’hésitèrent pas non plus à adapter l’architecture religieuse à l’esprit plus large de l’époque et à créer de nouvelles formes d’églises. Les églises néoclassiques sont des œuvres originales, avec une conception nouvelle de l’espace intérieur du sanctuaire. La Métropole d’Athènes en est un exemple caractéristique.
Au seuil du XXe siècle, Athènes a acquis l’image d’une capitale européenne. Le néoclassicisme est largement accepté et s’impose non seulement dans les bâtiments publics, mais aussi dans les maisons bourgeoises et populaires, donnant à la ville son caractère. L’architecture populaire s’enrichit elle aussi d’éléments inspirés du néoclassicisme et, malgré la différence qualitative, l’usage de matériaux plus modestes et la simplification des formes, elle orne la ville de bâtiments uniques. Les architectes grecs, avec les maîtres céramistes, avancent avec vigueur et créent la maison néoclassique populaire, libérée de la lourdeur du baroque européen. L’argile est utilisée à la place du marbre pour reproduire les chapiteaux de pilastres, les acrotères à palmettes, les petits piliers de garde-corps et les statues, éléments qui ont marqué toute une époque.
L’acrotère est la marque de fabrique de l’architecture néoclassique grecque. Le toit pittoresque de tuiles, avec ses acrotères alignés, son couronnement de terre cuite et ses autres décors céramiques, compose l’image familière des maisons néoclassiques. On les voit orner les toits de chaque petite maison d’Athènes et des autres centres urbains de Grèce. Les bâtiments néoclassiques et néoclassicisants font le lien entre l’époque pré-révolutionnaire et la renaissance de l’État grec. Leur architecture enseigne l’harmonie entre façade et plan, enrichie de décors variés. La Grèce et ses citoyens dépensèrent, pour l’époque, des sommes considérables afin d’orner la capitale et la province de bâtiments, de sculptures et d’œuvres dignes de l’art et de la culture de leurs ancêtres.
Le besoin de loger une population qui se concentre inévitablement dans la capitale modifie l’image d’Athènes avec le développement du modèle de l’immeuble urbain. L’année 1929 est considérée comme une étape décisive dans l’évolution de l’immeuble d’habitation. Une loi institue le régime de la propriété horizontale, faisant apparaître les premiers propriétaires d’appartements disposant de droits de copropriété sur l’ensemble du terrain, alors qu’auparavant un seul propriétaire détenait tout l’immeuble. Parallèlement commence le régime de l’antiparochi, dans lequel l’entrepreneur finance entièrement la construction en cédant une part au propriétaire du terrain. Ces mécanismes influencent fortement la morphologie des bâtiments et conduisent à leur standardisation. Au nom du profit, c’est-à-dire de la réduction du coût et donc de la qualité, la construction se dégrade. Ainsi Athènes présente aujourd’hui cette image difficile, avec pour seuls ornements l’Acropole et ce qu’a laissé le mouvement néoclassique. Malgré cela, certains semblent décidés à niveler la ville et tout ce qu’elle a de beau à montrer, particulièrement à une période où la Grèce a besoin de belles images, pour les Grecs eux-mêmes comme pour les touristes ou observateurs étrangers.
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