Note d’archives : Le texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.
Les étrangers se sont souvenus du mot chaos dès que le Premier ministre a annoncé son intention d’organiser immédiatement un référendum sur l’approbation ou non du prétendu nouveau paquet de soutien. C’est-à-dire l’obtention de nouveaux emprunts auprès des mêmes prêteurs...
Ils ne peuvent pas comprendre ce qui se passe en Grèce. D’un côté, nous demandons avec angoisse des prêts pour faire face à l’angoissante crise économique ; de l’autre, nous proclamons un référendum pour vérifier si nous voulons les prêts dont nous avons un besoin immédiat pour exister.
Tel est le message émis par notre pays, devenu incohérent.
Les autres Européens ne comprennent pas ce qui se passe ici et croient que le chaos règne, lorsqu’ils voient à la télévision les manifestations incessantes, les affrontements, les gaz lacrymogènes, les blessés, les blocages de routes, les incendies dans des bâtiments de banques et d’entreprises. Ils voient les “grèves”, même celles des ...avocats, les abstentions des juges, l’huile répandue sur les routes pour renverser les autobus touristiques, les banderoles aux slogans kitsch sur l’Acropole, les blocus des îles, les annulations des défilés du 28 octobre, les attaques avec banderoles et petits drapeaux, les occupations de ministères, l’irruption au Pentagone et tout ce qui est transmis quotidiennement.
Dans le même temps, ils voient le Premier ministre grec battre le record de vitesse en parcourant le monde entier tel un mendiant, implorant la pitié européenne et allemande.
Ils ne peuvent concevoir comment ce pays fonctionne dans le chaos et s’étonnent du bruit fait autour du référendum, alors que nous sommes déjà dans une situation d’impuissance économique complète et de faillite substantielle.
Mais les Européens se trompent lorsqu’ils croient qu’une situation de chaos règne en Grèce. Au contraire... Le mot chaos ne signifie rien.
Voyez-vous, ils ignorent le mot approprié pour qualifier ce qui nous arrive. Ils ne savent pas qu’ici, le ton est donné par des personnalités qui vivent en réalité à d’autres époques, et non au XXIe siècle. Ils ne peuvent percevoir l’ampleur de la désinformation, du populisme, de la déformation des faits, de la flatterie quotidienne gluante adressée au peuple, de l’absence de tout sens de la réalité, du sectarisme partisan débridé, de l’arbitraire syndical, de la boulimie des rares puissants économiquement qui accumulent la richesse dans l’espoir de l’emporter avec eux lorsqu’ils nous quitteront.
Le citoyen européen n’est pas en mesure de constater ce que vit le citoyen grec dans son quotidien. Il ne comprend pas ce que signifie l’occupation d’écoles par des élèves, même du primaire.
Il ne comprend pas que quiconque porte le nom de Varvitsiotis, Tzitzikostas, Alevras, Liapis, Mitsotakis, pour nous limiter à quelques descendants de nos féodaux, doit nécessairement devenir député, ministre, administrateur et notable. D’ailleurs, les Européens ont soit décapité leurs féodaux, soit les ont expédiés sans retour. Ils ne peuvent imaginer des juges qui font grève, ni des militaires qui défilent “d’office”, hors de toute notion de discipline. Il leur paraît encore insensé d’être contraint d’engager un avocat pour acheter une maison et d’entretenir un chef suprême dans le luxe d’un empereur perse et d’un sultan des Émirats.
Au fond, les citoyens européens ne peuvent saisir la notion de factionnalisme extrême, d’affalement, d’oisiveté et d’inertie lorsque le pays risque l’effondrement complet. Et cela, même les peuples dits du tiers-monde ne le comprennent pas ; ils se sont déjà réveillés et s’étonnent eux aussi de nous [Nomika Epilekta “électricité et tiers-mondisme” de G. Fourlanos, où il est question du Malaisien qui a envoyé le message : "How can somebody save the Greeks when they spend their time protesting instead of working harder to get out of the crisis?" (“comment quelqu’un peut-il sauver les Grecs, lorsqu’ils passent leur temps à protester au lieu de travailler plus dur pour sortir de la crise ?”)].
Par conséquent, les Européens et le journal Libération, qui écrivit en une, le 02.11.2011, le mot “ΧΑΟΣ” en grec, se trompent lorsqu’ils parlent de chaos. Dans notre pays, ce n’est pas le chaos qui règne. Ici, c’est le χαμός. Et le mot χαμός ne peut être traduit exactement dans une autre langue. Nous seuls comprenons le sens de ce mot et nous seuls, lorsque nous nous réveillerons de la léthargie et du lavage de cerveau que nous subissons depuis des décennies, pourrons transformer ce χαμός en force de progrès et d’existence avec honneur et dignité.
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