Note d'archive : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.
Chronique, parce que sa préparation avait commencé plusieurs jours avant sa réalisation. Visite annoncée, parce que les personnes dites compétentes avaient été informées à temps. La visite aurait pu être une visite de courtoisie comme celles que l'on pratique pendant les jours saints. Elle ne l'était pas. Elle ne l'était pas parce qu'il n'est ni coutumier ni formel qu'un avocat de la défense rende visite à un détenu dans son « foyer », autrement dit dans un établissement pénitentiaire, et de surcroît fermé.
La visite devait avoir lieu. Mais comme nous vivons dans la réalité sociale contemporaine, j'ai personnellement pris l'initiative de communiquer avec les « compétents » agents pénitentiaires, si Dieu permet qu'on les appelle ainsi, le seul terme incontestable étant celui d'agents. Avec toute la courtoisie qu'exigent ma nature et mon caractère, je parle trois jours avant avec un employé étonnamment aimable de l'établissement.
Je lui demande de m'informer sur les horaires des visites d'avocats pendant les jours de fête à venir. Il me répond très poliment, avec des voeux de circonstance, que nous pouvons venir normalement tous les jours de 8 h à 11 h ou de 16 h 30 à 18 h 30, et même exceptionnellement le samedi, veille de Noël, puisqu'un régime festif est prévu.
Incroyable. Nous en discutons et décidons que la veille de Noël est idéale. Nous irons voir le « détenu » pour l'encourager et le soutenir. Nous aimons aussi sortir des formules stéréotypées et cérémonielles ; nous décidons donc presque sans hésiter d'effectuer cette visite non protocolaire.
Comme nous sommes depuis des années dans le métier, la veille de la visite je me dis qu'il vaut mieux, par prudence, confirmer une nouvelle fois. J'en informe ma secrétaire. Elle appelle et me rapporte que les personnes compétentes ont confirmé que la visite peut se faire, mais seulement le matin, car le parloir de l'après-midi n'aura pas lieu. Ce n'est pas la première fois qu'un programme fixé change au dernier moment, ni la dernière, et il ne faut pas râler en ces jours de fête. On nous informe seulement qu'il est interdit d'apporter des douceurs et des vêtements.
Un doute me vient. Si l'on vous parle de vêtements, dis-je à ma secrétaire, c'est qu'ils n'ont pas compris qu'il s'agit d'une visite d'avocats. Rappelez, je vous prie, et clarifiez. Nouvel appel. Nouvelle réponse : elle a bien précisé, et on l'a assurée que les avocats seraient reçus aussi, en raison des fêtes. Tout allait donc bien. J'étais contrariée de ne pas pouvoir apporter de douceurs, mais que faire ? Nous partons d'Athènes à 7 h du matin. À 9 h, nous sommes devant l'établissement pénitentiaire.
Nous saluons, présentons nos cartes d'identité. On nous répond : « Bonjour, messieurs les avocats, bonnes fêtes, mais... » Ce « mais » m'enflamme avant même la suite, que vous imaginez : « Nous ne recevons pas d'avocats aujourd'hui. » Incroyable.
Les négociations commencent. On avertit supérieurs, subalternes et services latéraux. « Mais qui vous a dit que vous pouviez venir ? » Qui me l'a dit ? Je suis déjà en colère. Je réponds que c'est à eux de trouver qui me l'a dit et de me donner son nom : c'est la personne très sympathique qui a répondu hier à 10 h 35 et 20 secondes à ce numéro. Silence. Réflexion. Téléphone.
« Monsieur le chef surveillant, ces messieurs demandent des noms. » Des noms ? À Noël ? Soudain, la première grille de fer verrouillée s'ouvre largement. On nous invite à passer voir le chef surveillant. La seconde grille s'ouvre. Nous nous trouvons dans un espace très « accueillant », où des agents fumeurs nous indiquent l'un après l'autre la porte du « chef surveillant », qui m'a paru une sorte de seigneur local. Il garde la tête baissée et évite de nous regarder, peut-être simplement par peur de faire tomber la cendre de son cigarillo.
Nous saluons encore poliment, même en colère, et demandons le nom de l'agent qui nous a affirmé que nous pouvions parcourir ce jour-là quatre cents kilomètres pour voir l'un de leurs « hôtes ». La tête se relève. Il explique que cinq agents répondent à ce téléphone. Alors qu'il nous donne cinq noms. Peut-être un passant a-t-il répondu, dit-il. Qu'il nous donne alors aussi les noms des passants possibles.
Nous commençons à nous calmer, tandis que le chef surveillant s'échauffe. Il affirme qu'il ne laissera pas les choses ainsi. Nous lui répondons que nous n'en doutons pas, mais qu'il nous donne les noms afin que nous partions et qu'il puisse enquêter tranquillement. Silence, réflexion. Finalement : « Qui vouliez-vous voir déjà ? Voyez-le, mais pour peu de temps. » Peu importe, pour peu de temps. Mais nous entrerons. Et nous sommes entrés. Et nous l'avons vu. Et je suis certaine que nous avons aidé un homme à passer un Noël plus paisible.
Si je vous dis que ce qui m'a le plus dérangée, c'est qu'ils aient finalement accepté, me croirez-vous ? Parce que cela confirmait une fois encore qu'ils n'avaient pas fait correctement leur travail. S'ils avaient été certains d'avoir raison, ils ne nous auraient jamais autorisés à entrer. Qu'il en soit ainsi.
Dans l'esprit d'optimisme qui doit nous habiter ces jours-ci, espérons qu'un jour tout sera différent, y compris les établissements pénitentiaires. Quant à savoir pourquoi on les appelle en grec des « magasins correctionnels », c'est une autre discussion que nous aurons bientôt. Peut-être parce qu'ils marchandent des âmes humaines.
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