Note d’archives : Le texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.

J’ai subi la politique de nombreux gouvernements, depuis la période dite de la “metapolitefsi” jusqu’à aujourd’hui, en demeurant non affilié.

J’ai vécu les “présomptions objectives” d’Athanasios Kanellopoulos jusqu’aux “contributions extraordinaires” imposées par G. A. Papandreou sur des revenus inexistants, et j’ai tenté de comprendre la logique des politiques qui, prétendument, visaient le bonheur du peuple et le progrès du pays.

Au fil du temps, je constatais que seuls prospéraient ceux qui avaient une affiliation politique précise, indépendamment de toute idéologie. Progressaient, acquérant notoriété et aisance économique invraisemblable sans travailler, ceux qui conservaient une communication directe ou indirecte avec les détenteurs du pouvoir et avec l’opposition, qui guettait l’occasion de recevoir la fameuse “louche”.

Je voyais des professionnels sans compétences, et certains sans profession, prospérer avec pour seul bagage l’attachement partisan et le patriotisme politique.

J’ai appris que d’innombrables personnes s’enrichissaient par commissions, coups opportunistes et pots-de-vin au détriment du public.

D’autres monnayaient leur qualité partisane par des nominations à des postes de préfets, de secrétaires généraux de ministères et de dirigeants d’entreprises ou d’organismes publics, sans qualifications, sans éthique, sans sens de l’honneur et sans morale.

J’ai vu de petits avocats envoyés au Parlement européen pour nous ridiculiser, comme ce fut le cas du chef de la “jeunesse” du parti karamanliste.

J’ai vu une syndicaliste des salons d’avocats prendre la direction du secrétariat général du ministère du Travail, et d’autres juristes syndiqués diriger des entreprises touristiques et coorganiser, non sans profit, les Jeux olympiques. Que n’ai-je pas vu...

J’ai suivi l’ascension sociale et économique d’une multitude d’incapables, d’ignorants, de personnes sans scrupules et d’amoralistes qui entretenaient un lien avec quelque agent placé de la gauche, du centre gauche ou de la droite.

J’ai vu des professeurs nourris par la junte, grâce à leurs métamorphoses ovidiennes, servir dans les cours de Premiers ministres amoralistes en enseignant l’éthique démocratique. Ils jugent maintenant, critiquent et condamnent, déclarant que lorsqu’ils percevaient des salaires des puissants et vivaient dans la gloire et les honneurs, ils avaient été égarés et qu’ils se sont déjà repentis comme des Madeleine. C’est pourquoi ils présentent avec une audace extrême leurs visages rusés en toute occasion. Pour que nous les admirions...

J’avais compris que, pour progresser en Grèce, il fallait démontrer une fidélité partisane ou prétendre avoir été lésé, ne serait-ce que dans son sommeil, par la junte, ou avoir mené une résistance réelle ou imaginaire contre elle, en Grèce ou hors de Grèce, même si l’on percevait des fonds de la junte, comme cela arriva au plus effronté des “ethnarques”, qui nous a légué toute sa parentèle à nourrir afin qu’elle nous gouverne : deux neveux, dont l’un Premier ministre et l’autre ministre, un frère ministre, et une foule d’autres proches, parents par le sang ou par alliance, amis, admirateurs et courtisans.

Avec de vrais ou de faux titres de résistance au régime militaire, une foule immense apparut, à laquelle se joignirent les applaudisseurs de la junte dotés de capacités de caméléon, spécialisés dans le service au sein de la “commission consultative” de Papadopoulos puis, ensuite, au Parlement des Karamanlis – Papandreou – Mitsotakis - Simitis.

Avec moi, toute la société a vu des personnages insignifiants, sans talent, incompétents et arrivistes être promus. Elle les a vus quitter les taudis et s’installer en famille dans les banlieues nord, cas Koutsogiorgas, ou dans d’autres quartiers hors de prix de l’Attique et au centre d’Athènes, cas Tsochatzopoulos.

La marginalité qui parcourait l’Europe et les confins de l’univers dans l’oisiveté est venue soutenir la “metapolitefsi” et, pour nous aider, a pris en charge le recrutement des ministères, anciens et nouvellement créés, contre de grasses rémunérations, immunités et privilèges.

Les parents du “vieil homme de la démocratie”, enfants, petits-enfants, neveux, brus et autres personnes innombrables, en noble émulation avec les parents de l’“ethnarque”, signataire des accords de Zurich et de Londres, ont consacré le temps abondant de leur inaction et de leur chômage à occuper des postes de Premiers ministres, ministres et dirigeants de la prétendue “République hellénique”.

Tous ceux-là ont acquis prestige, honneurs, adorateurs, partisans fanatiquement attachés et, par-dessus tout, d’immenses fortunes, capables de nourrir pendant de longues années plusieurs générations de descendants sans emploi.

Les enfants et descendants de nos dirigeants sont allés dans les meilleurs et très coûteux établissements, dans les collèges inaccessibles, dans les célèbres universités des États-Unis et d’Europe, acquérant des moyens et une audace supérieurs à ceux de leurs parents. Ils sont revenus nous administrer : génération des Mitsotakis, avec président honoraire, députée, ministre et maire, des Varvitsiotis et des autres féodaux non exceptés.

Tous ceux-là, avec pour traits communs l’audace, l’insensibilité, la boulimie et l’incapacité, ont bénéficié du soutien constant, volontaire et fanatique de la majorité qui, en toute occasion, leur manifestait son culte, à eux les sangs bleus de la gauche, du centre et de la droite, remplissant par centaines de milliers et par millions les places et les rues, avec clameurs, drapeaux en plastique, affiches géantes, marches, acclamations, chansons niaises et cris inarticulés de foi et de dévouement, tels que “tu es notre père”, “avance – avance, tout le pays te veut”, “changement – changement, participation populaire”, et autres vociférations.

La vision des partisans était stable et immuable : encaisser de l’argent, acquérir des biens et des patrimoines, un logement en ville et une résidence de campagne en province, deux, trois voitures ou davantage pour chaque membre de la famille, se caser et vivre sans travailler, sans effort, prendre sa retraite avant la vieillesse, avec indemnité unique et pension pour une vie confortable, en échange d’un soutien fanatique aux féodaux qui acceptèrent volontiers de s’installer sur notre nuque comme parasites et sangsues, avec leurs parents, leurs proches et leurs courtisans.

Nos dirigeants, les sangs bleus des partis et groupuscules, outre leur performance à saisir, détourner et s’enrichir, ont rempli divers établissements de paresse, que nous appelons “universités”, d’incapables tout aussi arrivistes.

Et ceux-ci, à leur tour, se sont autoproclamés “professeurs d’université”, ont rempli les librairies de livres inutiles faits de copies traduites, de préférence d’ouvrages étrangers, sont devenus très connus par leurs bavardages télévisés et, pire encore, ont contraint les personnes réellement douées et talentueuses à s’exiler, écœurées.

Lorsque la crise apparut, ou plus exactement lorsque prirent fin les derniers emprunts non remboursés, “comme par magie”, les centaines de milliers et les millions de partisans du pillage se transformèrent en “citoyens démocrates indignés”, manifestant chaque jour, occupant, brûlant et détruisant la propriété publique et privée, protestant avec colère parce que les politiques les avaient trompés...

Ils souillent l’Acropole et mutilent des œuvres d’art, ferment les écoles, poursuivent les touristes et immobilisent les navires, déracinent les entreprises et organisent des tribunaux télévisés, lançant l’anathème contre tous sauf contre eux-mêmes...

Il ne se passe pas un jour sans que les responsables politiques corrompus ne soient humiliés. La majorité des partisans et des claqueurs s’est désormais transformée en majorité de militants protestataires en faveur des acquis.

Le “peuple” est présenté comme une notion de sainteté, de pureté et de morale, qui aurait été égaré et trompé, moyennant compensation, bien entendu.

D’anciens et d’actuels députés des partis et groupuscules prêchent la révolution contre leurs collègues escrocs, en s’excluant expressément eux-mêmes.

La société est en ébullition et le pouvoir judiciaire n’a plus le temps que de poursuivre et d’emprisonner illégalement des personnes sans rapport, non impliquées, jusqu’à des clercs, pour montrer qu’il fonctionne, toujours de manière incorruptible et objective, tandis que des censeurs du parquet ont soudain découvert que “quelque chose est pourri dans le royaume du Danemark”, épuisant leur sévérité médiévale sur des vieillards, des impuissants, des jeunes et des personnes brisées.

Pourtant, quelque chose d’étrange se produit que je n’ai pas compris pendant toutes ces années. Comment se fait-il que le même peuple , dans son écrasante majorité, soutienne avec fanatisme, participe comme complice, goûte les biens du pillage, encaisse sans travailler, commette des crimes, chemine avec les escrocs politiques et la marginalité qu’il a lui-même choisis, puis, en peu de temps, se retourne soudain comme une girouette au souffle des vents, attaque ses propres élus, les insulte, s’indigne, proteste et se révolte, en oubliant les drapeaux en plastique, les affiliations partisanes, les nominations illégales, les fausses pensions, l’encaissement de subventions européennes sur de fausses données et toutes ses autres infractions.

Je n’ai sans doute pas compris que je vis dans les Balkans. Que je dois me convaincre que je n’ai aucun rapport avec la civilisation et le progrès tant que je persiste à appartenir à une société de décadence, destinée à mourir devant l’avancée des décidés et des forts que nous appelons avec mépris “migrants clandestins”.

Il semble, et cela je l’ai compris, que l’avenir appartient à d’autres peuples, aux nouveaux venus.

Nous, nous disparaissons dans la boue des illégalités et du comportement incohérent de la majorité de nos compatriotes qui ...se sont soudain ressaisis. Ils imitent les professeurs de la junte qui se sont déguisés en conseillers des partis démocratiques, puis ont revêtu le costume du repentir dans leur nouvelle métamorphose, celle des adversaires du mémorandum et des dévoreurs d’Allemands...

Autrement, cette contradiction ne s’explique pas, elle qui confine à la schizophrénie : ceux qui acclamaient et coopéraient sont exactement les mêmes que ceux qui s’indignent et protestent, comme si ce qui est arrivé dans notre pays n’était pas dû à leurs propres choix, à leurs votes et à leurs affiliations, et comme si cela ne les concernait pas, ne les touchait pas...

J’ai enfin compris que notre peuple a perdu son orientation, ses vertus, ses idéaux, ses valeurs traditionnelles et son idéologie, et qu’il chancelle, destiné à la destruction totale, à la disparition finale. Sauf si...