Note d’archives : Le texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.

Dans une note éditoriale du magazine “realfood” (juillet – août 2011), le commentateur indigné interroge notamment les responsables : pourquoi personne n’est-il allé en prison et pourquoi les détourneurs de l’argent public n’ont-ils pas été punis ; pourquoi voyons-nous toujours les mêmes personnes, les parents, les proches, les compagnons et compagnes qui ont envahi les hautes fonctions avec pour seule qualité la carte du parti ? Où est la justice ? Cette interrogation est précédée d’un rappel historique : les Byzantins qui aveuglèrent l’empereur Romain Diogène pour la joie des Ottomans-Seldjoukides, Venizélos qualifié de traître avec pour conséquence la catastrophe en Asie Mineure, les troubles des années 60 et la perte de la moitié de Chypre.

En donnant une réponse optimiste, avec référence à “l’ADN invincible du Grec, qui possède une histoire de milliers d’années et a arrosé chaque empan de terre du sang de héros qui n’attendaient aucune contrepartie à leurs sacrifices”, la note conclut par une exhortation à donner aux enfants l’espoir d’un jour meilleur et par l’affirmation selon laquelle “nous devons rester et combattre comme nos parents et les parents de nos parents”.

L’optimisme est nécessaire, surtout au cœur de ce que l’on appelle la crise et du pessimisme diffusé, qui conduit à une dépression générale. Les rappels historiques évoquant les erreurs du passé sont utiles, tout comme les exhortations à rechercher des issues porteuses d’espoir.

Pour cette raison, la note ci-dessus doit être saluée, comme d’autres textes similaires qui constituent l’exception à la règle du pessimisme et du catastrophisme entretenant le découragement de l’ensemble de la société.

Il ne serait toutefois pas inutile de formuler quelques observations utiles à propos de ce qu’a écrit le commentateur du magazine.

Outre les éléments mentionnés dans la note du magazine, de nombreuses erreurs ont tracé les limites restreintes du petit État grec moderne et déterminé le mauvais sort et les aventures d’un peuple décimé et rendu insignifiant par les génocides connus, les migrations collectives et la dénatalité.

La guerre civile des années 40 et 50 fut une grande erreur. Elle priva la Grèce nouvelle des grands bénéfices de la victoire contre les nazis et les fascistes, dont profitèrent d’autres nations, comme les Français, les Norvégiens, les Néerlandais, les Russes et même les Turcs opportunistes. Les conséquences de cette erreur nous ont suivis jusqu’à aujourd’hui, car c’est sur le conflit civil que les hommes politiques se sont appuyés et révélés, et qu’ils ont façonné leur trajectoire, principalement professionnelle. C’est à cette même guerre fratricide que les partis et les factions politiques, qui ont réussi à gouverner en surendettant le pays, doivent leur formation, permettant à certains étrangers, dans leurs publications, de répéter constamment qu’il n’existe pas pour la Grèce de sortie salvatrice de la crise économique, en raison de l’endettement monstrueux de l’État, qui ne s’inverse pas mais s’aggrave ; par exemple, au moins 152 de la Grèce correspond le plus 157 de la Norvège, attribué à la richesse produite par le pétrole et le gaz naturel.

La Grèce actuelle est décrite par des Grecs et des étrangers comme un pays ruiné et corrompu, avec une économie à l’avenir trouble et sombre, une baisse observée de l’épargne, de la rentabilité, des ménages et des entreprises, une dette publique vertigineuse, et des annuités d’intérêts et de capital supérieures aux recettes du budget de l’État. Tout cela tient aux commissions occultes et aux dépassements des dépenses publiques des dernières décennies, comme le souligne notamment le professeur G. Vamvoukas, parmi beaucoup d’autres.

Pour tenter une sortie de crise, il faut redessiner la politique des revenus par des responsables politiques inspirés et compétents.

Mais, au-delà de cela, il faut aussi un élément totalement absent chez ceux qui gouvernent aujourd’hui ou ambitionnent de gouverner avec des promesses et des déclarations banales, sans preuve de leurs compétences ni de leur valeur. Il faut avant tout du sens de l’honneur. Mais ce sens de l’honneur existe-t-il ?

Voyons quelques exemples. L’un des responsables particulièrement mis en avant de l’opposition officielle, K. Markopoulos, déclara notamment, lors de l’une de ses nombreuses apparitions télévisées, le 20.08.2011, qu’“il faut rendre le système bancaire plus flexible, réduire les impôts et promouvoir le développement”, puis proclama : “Nous sommes prêts à gouverner”. Un autre éminent opposant, Mitarakis, souligna sur la NET le 12.08.2011 que “l’on ne cède pas des droits publics pour un morceau de pain”. Un autre encore, G. Kasapidis, probablement député de la majorité, affirma qu’“il faut être sincères un jour” (12.08.2011, sur ET3).

Face à ces déclarations répétées par les médias, toujours par les mêmes personnes recyclées, le citoyen se demande : tous ces facteurs politiques et représentants de parti, par déclaration et par profession, n’ont-ils donc pas le moindre sens de l’honneur ? N’ont-ils pas honte de déclarer ce qu’ils déclarent comme s’ils n’avaient pas gouverné ou comme s’ils ne gouvernaient pas ? Les Markopoulos et les Mitarakis découvrent-ils maintenant les recettes de la réussite économique, qu’ils n’ont pas appliquées pendant toutes les années, et elles ne sont pas peu nombreuses, où ils ont gouverné avec des majorités absolues, puissants et arrogants, sans tenir compte de rien, augmentant la dette publique et distribuant les sommes vertigineuses des emprunts à leurs propres enfants et à leurs partisans ? Chaque Kasapidis gouvernemental comprend-il maintenant que tous doivent être sincères ? Et que font-ils depuis tant d’années ? Ils se moquent du monde et reconnaissent qu’ils s’en moquent. Pourtant, les uns comme les autres veulent gouverner et décider de la vie et du sort de millions de personnes, ainsi que de la trajectoire de l’économie nationale, comme ils l’ont fait au cours des dernières décennies, sans être contrôlés ni punis pour leurs crimes contre le pays et les citoyens.

Ces comportements révèlent l’absence de sens de l’honneur. Ils révèlent le mépris des citoyens et l’impudence.

Sans sens de l’honneur, les enfants ne peuvent espérer des jours meilleurs ; et ceux qui restent pour combattre doivent combattre les hommes sans honneur, c’est-à-dire tous ceux qui se présentent et promettent de réparer ce qu’ils ont eux-mêmes détruit, avec l’espoir que se trouveront des personnes dotées d’honneur pour lutter afin de corriger les fautes et d’empêcher leur répétition.

Si les responsables politiques et ceux qui détiennent les pouvoirs du pays, législatif, administratif et judiciaire, possédaient majoritairement ce sens de l’honneur, la situation économique et sociale serait différente, et la crise serait maîtrisable, douce et passagère. La permanence de la crise, l’absence d’espoir et la désillusion générale tiennent à l’absence d’honneur et à l’impudence de tous ceux qui se recyclent depuis des décennies, ainsi que de leurs parents et successeurs, qui ne veulent pas rentrer chez eux ni laisser le peuple devenir réellement souverain en faisant émerger de véritables représentants et dirigeants. La revendication principale des citoyens doit être le retrait des personnes qui ont échoué, qui détiennent ou revendiquent à nouveau l’exercice du pouvoir d’État, précisément parce que l’absence de sens de l’honneur les rend sans scrupules, impudents et provocateurs.