Note d’archive : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.

Aujourd’hui, tous sans exception ont quelque chose à dire sur la crise qui s’est abattue sur nous, non par hasard, et qui nous tourmente avec des conséquences et des suites inconnues. Certains moins, d’autres davantage, s’attaquent à ce sujet très complexe, très débattu mais difficile d’accès. N’oublions pas que nous vivons en Grèce, pays rempli de spécialistes de tout genre et de toute science, et que tous parlent à la première personne : « C’est à moi que tu vas dire cela, ... Moi, ... Moi... ».

Dans Nomika-Epilekta, le supermarché multiculturel, autrement dit l’espace intellectuel polyvalent de réflexion contemporaine et de résistance inflexible, chacun peut trouver ce qu’il souhaite. Il y a des recettes et des propositions pour de rares variétés de saveurs, gâteaux, pot-au-feu, salades, ouzos et pâtes sur fond de vacances d’été. La connaissance, par analogie avec l’amour, passe par l’estomac ! Idées, opinions, jugements et points de vue coexistent. Ils se fécondent et se transforment en dialogue constructif. La jurisprudence rigoureusement sélectionnée et pertinemment commentée informe, fait réfléchir et tend à satisfaire pleinement le sentiment de justice. Le très riche menu abonde en articles sociaux, politiques et économiques intéressants, qui éclairent et informent le visiteur chanceux. Les essais et la satire réjouissent l’obstiné promeneur d’internet. Bref, il y a de tout dans le jardin. Que les fidèles s’approchent ! Le lecteur moyen le constate prima vista, et le proverbe « qui ne vante pas sa maison la voit lui tomber dessus » n’a pas sa place ici. La vérité est qu’il s’agit d’un effort novateur, porteur d’espoir et subversif, qui réussira, qu’il pleuve ou qu’il neige, contre la crise.

Dans Nomika-Epilekta, j’ai suivi le dialogue prolongé, substantiel et fécond sur la crise économique, les causes qui la provoquent, ses conséquences et les moyens d’y remédier. Je ne suis pas spécialiste au point de comprendre pleinement la structure et le réseau de cette situation incontrôlée qui menace désormais sérieusement l’avenir de ce pays. Comme il est plus que certain que nous serons en désaccord sur les causes qui provoquent la crise et, surtout, que nous tarderons à parvenir à des conclusions sûres, il serait bon de voir, d’ici là, ce que nous faisons.

Adamantios Koraïs disait qu’il fallait d’abord instruire les Grecs, puis les libérer. Je pense que cette proposition était juste, mais irréaliste et inapplicable.

Je voudrais formuler quelques objections, ou circonstances atténuantes, concernant le rapport entre le peuple et le pouvoir, afin de faciliter la répartition des responsabilités de chacun par le Juge de l’avenir. Je commence par les pensées des anciens Grecs, dont la vérité et la validité traversent indubitablement le temps :

« Je souffre de voir tout pourrir dans ce pays. Au pouvoir, toujours les corrompus. Et si un jour apparaît quelqu’un d’honnête, en dix jours il se gâte. Tu en amènes un autre, il se révèle pire » [Aristophane, L’Assemblée des femmes, vers 174-179].

« Par le pouvoir corrompu, même les citoyens honnêtes sont contaminés et suivent son exemple » [Euripide, fr. 64,2].

« Le caractère de tous les citoyens devient semblable au caractère de ceux qui gouvernent » [Isocrate à Nicoclès, 31].

« Les Grecs sont des ânes ; ceux-là ont préparé les selles et les leur mettent sur le dos » [Makrygiannis, Mémoires, t. II, p. 173].

Je suis également en désaccord avec l’appréciation selon laquelle les Grecs se seraient seulement dévorés entre eux et n’auraient pas combattu pour leur patrie. Contentons-nous seulement de la Seconde Guerre mondiale et comparons les Grecs du NON en Albanie, puis derrière le fort de Roupel, avec les Français derrière la ligne Maginot. Et ensuite, allons à la résistance. La différence est manifestement en faveur des Grecs, selon notre persécuteur ultérieur, sir Winston Churchill, pour qui « les héros combattent comme les Grecs ». Lorsqu’il le disait, il le croyait, comme il croyait que l’on ne peut soumettre les Grecs qu’en les entraînant dans un déchirement de guerre civile.

Je note encore qu’il n’est pas vrai que nous ayons connu le socialisme en Grèce. La vérité est que nous n’avons jamais connu le Socialisme en Grèce, car le parti qui gouverne depuis tant d’années fut une grande supercherie, un « gros coup ». Il fut le cheval de Troie du Capitalisme. Malgré les fanfares électorales de son fondateur de mémoire inoubliable, le « mouvement socialiste », qui disait démagogiquement mais avec dol direct, place Syntagma : « Le 18, socialisme ! », nous nous trouvons aujourd’hui au seuil de la faillite, et le socialisme mensonger du grand trompeur du peuple fut un « rêve trompeur ». Comme on fait son lit, on se couche, dit le peuple. Je crois que nous nous trouvions alors dans la fatale année 1981. La suite a eu un coût politique, social et surtout économique considérable, que nous payons indéfiniment. Je note à titre indicatif : le PASOK a reçu de la Nouvelle Démocratie de K. Karamanlis, en 1981, une dette publique de 26,5 % du PIB. En 1989, après deux mandats de gouvernement du PASOK, la dette publique a bondi à 64,2 %. Jamais le fondateur éclairé du mouvement n’a ressenti l’obligation morale d’informer le peuple grec, moqué tout en étant qualifié de souverain, griefs formulés par K. Beys dans Eleftherotypia du 07.09.2011. Si l’honorable professeur a été trompé ou séduit, qu’il choisisse, pourquoi demandons-nous des comptes au popolo ?

Au contraire, le grand chef démagoguait sans vergogne. Que n’a-t-il pas dit, cet homme impitoyable. Il a parlé de chaos et de terre brûlée. Placards de l’histoire, fière jeunesse, vieillesse honorée et bien d’autres balivernes et bulles qui ont enfumé le pays et, pire encore, contaminé le tissu social. On lui attribue aussi l’institutionnalisation du clientélisme, pierre angulaire de l’incompétence et de l’absence de mérite. Il connaissait parfaitement la vérité. Mais, en tout état de cause, il était tenu de la connaître. Il s’agit d’un dol direct.

Je voudrais encore ajouter que le dialogue sur la crise serait plus objectif si y participaient aussi des personnes directement touchées par elle. Je veux dire les chômeurs, ceux qui n’ont pas d’électricité, ceux qui ont échelonné leurs dettes auprès de l’OTE et de la DEI ou qui doivent des loyers et risquent de se retrouver à la rue. Tous les nouveaux pauvres, en général, dont le nombre augmente chaque jour. Leur participation nous éclairerait peut-être davantage sur la marque et l’ampleur de la crise et nous préserverait peut-être d’exagérations du type : « le peuple a faim ; pourquoi ne mange-t-il pas de la brioche ! »

C’est un lieu géométrique commun : lorsque je suis sans emploi et que je n’ai pas de quoi manger, d’une part il n’est pas certain que ton propre repas soit en sécurité et, d’autre part, je lutterai bec et ongles pour survivre.

Je ne m’occuperai pas maintenant des qualités ou des défauts de ma race, auxquels la crise est due jusqu’à un certain point. Peut-être qu’après avoir fait connaissance avec ceux qui souffrent, nous découvririons aussi la véritable dimension sociale du phénomène. Peut-être rencontrerions-nous la solidarité, bien en pénurie dans notre pays. Il ne nous serait pas non plus inutile de tirer des enseignements de la grande et tragique aventure des mineurs du Chili. Quoi qu’il en soit, indépendamment du résultat, mon objectif est de savoir de quelle manière et avec quels moyens, depuis cette tribune, nous contribuerons à la compréhension et au développement de la solidarité comme brise-lames de la tempête qui nous a débordés. Comment apprendrons-nous à tendre la main à notre prochain, et pas seulement par nécessité.

Comme l’écrit avec connaissance, dans un article publié dans Eleftherotypia le jeudi 25 août 2011, le professeur Manolis Dretakis, connu pour son éthique et sa dignité : « La politique imposée par la troïka à notre pays enfonce continuellement l’économie réelle ».

Je citerai textuellement la plus grande partie de son article afin qu’il soit absolument clair que « les temps n’attendent pas ». Autrement dit, nous devons faire quelque chose, même si cela s’appelle préparation psychologique ou premier contact, avant de conclure, en philosophant à peu de frais, si « la côte est de travers ou si nous naviguons de travers ».

« Cendre au lieu de trésor », tels sont les résultats de la rencontre très attendue Merkel - Sarkozy à Paris, le 16 août. Au lieu de regarder en face le problème européen de la dette et de prendre des décisions courageuses, le directoire franco-allemand a non seulement persisté dans la politique dure suivie jusqu’ici, mais il a décidé pour les autres, sans les autres, de leur imposer, en exigeant même une révision correspondante de leurs Constitutions, l’instauration de budgets équilibrés.

Cette décision constitue une absurdité économique, puisqu’elle ignore les fluctuations cycliques de l’économie mondiale et les effets qu’exercent sur elle divers facteurs exogènes, et surtout les structures différentes des économies des États membres ainsi que les différences entre les phases du cycle économique que traverse chacune d’elles. En d’autres termes, au « carcan » de l’euro, ils veulent ajouter le « carcan » des budgets nationaux équilibrés.

Ensuite, l’auteur cite un tableau analytique qui montre de manière saisissante la baisse du PIB de la Grèce. Cette baisse, selon Eurostat, à prix constants, au premier trimestre 2011 par rapport au trimestre correspondant de 2010, est de 5,5 %. L’Autorité statistique hellénique aboutit à la même estimation.

Il ne faut ni perception particulière ni connaissances économiques pour comprendre que « nous allons au diable ». Cette baisse grave du PIB ne laisse aucune place à l’apaisement.

Quelques mots sur Manolis Dretakis. M. Dretakis, comme on le sait, s’était autrefois opposé à la politique incohérente suivie par le parti au pouvoir. Il se trouvait alors sous la direction du fondateur tout-puissant, père du Premier ministre actuel, lequel a pleinement mérité le titre du plus petit. Le plus important est que le professeur ne s’est pas simplement opposé : il a démissionné de son mandat de député et refusé avec dégoût de percevoir l’indemnité parlementaire. Comme on dit communément, il a tout envoyé promener devant le chef incontesté, à une époque où il fallait du courage, lorsque les autres se prosternaient devant lui à genoux, comme des musulmans. Il faut vertu et audace... Aujourd’hui, ses « frères sans frères » non seulement ne démissionnent pas, mais demandent aussi des rappels [voir Mikis Theodorakis : dirigeant très âgé des indignés, qui les conduira à la victoire en Mercedes dernier modèle. En vérité, quand l’homme est-il rassasié de gloire ?]. Depuis lors, je ne me souviens pas d’un autre exemple semblable.

J’ai formé l’impression que les soi-disant représentants du peuple, pour conserver leur siège, sont capables de porter même une jupe écossaise. Le professeur poursuit donc :

Ce cercle vicieux récession - chômage - dette est la conséquence des coupes sauvages dans les salaires, les retraites et les allocations, ainsi que dans les investissements publics, d’un côté, et de l’augmentation continue des impôts directs et, davantage encore, indirects, imposés sur la base des Mémorandums signés par le gouvernement. Malheureusement, les mesures qui ont été votées, qui sont votées et qui commenceront à être appliquées à partir du mois prochain, ainsi que celles prévues dans le nouveau Mémorandum que le gouvernement signera pour obtenir le deuxième paquet de soutien, auront les mêmes conséquences sur l’économie réelle.

Les questions qui naissent cependant sont les suivantes : jusqu’à quand le peuple pourra-t-il supporter la dégradation continue de son niveau de vie et les graves problèmes qu’elle provoque, en particulier chez les chômeurs, les petits retraités, les bas salaires et les immigrés ? Le gouvernement comme la troïka mesurent-ils ce que signifiera l’épuisement de cette résistance ? Peut-on exclure des explosions sociales analogues à celles qui se produisent dans de nombreux autres pays ? Malheureusement, ces questions n’ont pas préoccupé le duo Merkel – Sarkozy lors de leur récente rencontre [Manolis Dretakis, ancien vice-président du Parlement, ministre et professeur à l’ASOEE].

Le professeur craint qu’une vague d’explosions n’arrive. Ses craintes sont fondées et vraies. La colère et la révolte nous protègent de la dépression, voir l’analyse ci-dessous.

La récession de l’économie réelle, nous la vivons chaque jour. Je ne sais pas si, parmi les amis qui suivent Nomika-Epilekta, certains ont vu leur courant électrique coupé, ni combien ont obtenu un échelonnement de leurs factures impayées de services publics. Je ne parle pas des cartes de crédit. À la vitesse où les choses évoluent avec la contraction des revenus, le nombre des nouveaux pauvres augmentera, et jusqu’où irons-nous ? Personne ne sait où. Arriverons-nous au « sauve qui peut » ? Une chose est certaine : la psychologie et le moral des gens sont en chute libre... Où s’arrêtera cette chute ? Peut-être un texte tombé par hasard entre mes mains aidera-t-il.

Le texte qui suit traite des conséquences psychiques dues à la crise économique. Je ne connais pas son auteur.

L’étude des conséquences psychiques de la crise économique a commencé il y a plusieurs années, lorsque les difficultés économiques sont devenues visibles dans des pays comme les États-Unis. Aux États-Unis, de décembre 2007 à septembre 2009, le chômage a fortement augmenté et, pendant cette période, 6,7 millions d’emplois ont été perdus. Les conséquences psychiques de la crise sont faciles à prévoir, puisque la science connaît déjà les conséquences :

1. D’une perte importante dans la vie d’une personne, comme le décès d’un proche ou un divorce. La crise économique, comme phénomène, constitue une perte, parce qu’elle représente la perte de certitude et de sécurité, dès lors que tout change et devient fluide.

2. Du stress chronique. La crise remplit également toutes les conditions pour être qualifiée de stress chronique.

3. Du chômage, dont on prévoit qu’il augmentera.

Les conséquences psychiques de la perte, du stress chronique et du chômage sont similaires et se caractérisent par de forts sentiments d’anxiété, d’insécurité, de nervosité et d’irritation, de colère, d’inquiétude, de culpabilité et par une augmentation de la consommation de substances telles que l’alcool, des difficultés de concentration, une désorganisation, une augmentation de la violence et de la criminalité et même, dans certains cas, une augmentation des suicides. Ces sentiments négatifs et ces comportements dysfonctionnels sont des conséquences probables et attendues pour les individus ou les unités. Cependant, parce que la crise est un phénomène social, on peut aussi prévoir des conséquences au niveau de groupes, petits ou grands, par exemple dans la famille, sur le lieu de travail et dans des groupes sociaux plus larges.

La particularité grecque.

Naturellement, toutes ces conséquences psychiques mentionnées varient d’une personne à l’autre et d’une culture à l’autre. La crise économique, telle que nous la vivons en Grèce, combine les trois facteurs évoqués, c’est-à-dire la perte de sécurité, l’existence d’un stress chronique dû au dysfonctionnement de l’État et l’augmentation attendue du chômage, mais elle comprend aussi un facteur supplémentaire. C’est la réponse à la question : « qu’est-ce qui a contribué à cette crise, au point que la Grèce arrive au bord de la faillite et qu’il ne soit malheureusement toujours pas du tout certain qu’elle l’ait évitée ? »

Ce facteur supplémentaire, si visible en Grèce, est la corruption étendue dans diverses couches sociales, comme les responsables politiques, l’administration publique, etc. Cela, combiné à des mesures telles que les réductions de salaires, dont il n’est pas du tout certain, selon plusieurs spécialistes, qu’elles aident réellement et durablement le pays, explique la réaction de colère, voire de rage, déjà visible et qui semble se généraliser rapidement. Il paraît même qu’en Grèce, du moins jusqu’à présent, les sentiments de colère et d’indignation dominent. Notre allié.

Il n’est évidemment pas dans l’objectif de cet article d’analyser la crise elle-même et ce qui y a contribué. La question à laquelle nous sommes appelés à répondre, et de manière pressante, est : « Et maintenant, que faisons-nous ? » Que peut faire l’individu pour réduire les conséquences psychiques négatives ? Que pouvons-nous faire collectivement ? Il semble nécessaire d’agir à la fois au niveau individuel et au niveau collectif, puisque le phénomène est par excellence social, mais qu’il a aussi d’importantes répercussions sur l’individu. « Que devons-nous faire », donc ?

À cette époque, il existe un allié que nous devons utiliser immédiatement. Cet allié est la colère. La colère, comme sentiment, est une énergie qui conduit par excellence à l’action, contrairement à la dépression ou à l’anxiété, qui peuvent aussi conduire à la paralysie. Tant que la colère existe, on peut donc l’utiliser pour agir au niveau individuel et collectif.

Parallèlement, il semble que les Grecs, dans la durée historique, fonctionnent mieux sous pression et s’unissent lorsqu’ils affrontent un ennemi commun. Ils doivent donc s’unir face à l’ennemi commun, qui est d’abord la crise économique. Notre économie est l’ennemi, elle est le problème à résoudre, et nous devons probablement le résoudre nous-mêmes. Une telle attitude aiderait. Bien entendu, cela ne signifie aucunement qu’il ne faille pas en même temps rendre la justice, que ce qui est dû ne doive pas être restitué et qu’il ne doive pas y avoir de revendications. Certainement oui, mais dans le même temps, chacun séparément doit prendre en charge maintenant, pas demain, sa bataille personnelle en coopération avec tous les autres.

Je pense que l’article est assez éclairant et je souscris à la conclusion de l’auteur anonyme. Lorsque je l’ai lu, je l’ai immédiatement associé à la dépression qui me tourne autour et j’ai voulu le partager avec d’autres, en ouvrant une ligne de communication et de défense. J’ai décidé de le relier aux symptômes de la dépression avec la ferme conviction de contribuer à la connaissance de ce qui nous arrive et nous menace.

Faisons connaissance avec les symptômes de la dépression tels que les décrit la psychologue Mme Nora Kontostergiou.

La maladie de notre époque. L’être humain, par nature, aime un quotidien qui lui assure stabilité et sécurité. Lorsque celles-ci sont perturbées, il est alors possible qu’il tombe malade et développe des comportements et des sentiments qu’il ne peut ni gérer ni contrôler.

La dépression arrive assurément en tête du classement des troubles psychiques. C’est le mode par lequel les êtres humains d’aujourd’hui s’effondrent, puisqu’il leur est insupportable de faire face à une multitude d’exigences qui les pressent et les écrasent.

Le trouble dépressif a dominé et vaincu l’être humain de l’époque actuelle, parce qu’il est plus vulnérable que jamais et plus désorienté qu’il ne l’a été par le passé. Les rythmes rapides d’évolution, de développement et de recomposition ne permettent pas, surtout à l’homme des sociétés occidentales, de développer les mécanismes de défense appropriés, avec pour résultat qu’il est submergé par des situations qui le font se sentir impuissant, insécurisé, coupable, incapable et apeuré.

Ces réactions en chaîne, les multiples chocs qu’il subit, le laissent avec un sentiment de vanité et dans un état d’inertie. La tristesse de la personne devant son incapacité à définir son évolution est d’une dimension immense. Lorsque la personne essaie de prendre appui sur un sol solide, de s’appuyer sur ses ressources et d’utiliser ses possibilités, et qu’au lieu de cela elle affronte une absurdité et une société incompréhensible pour elle, qui l’annule et l’anéantit, alors commence son ébranlement . La situation actuelle, mondialement, a précisément intensifié ce sentiment d’effondrement sur les plans économique, politique, moral, culturel et spirituel. L’existence humaine est anéantie, marginalisée, et ce qui semble promu est une situation dans laquelle l’homme ordinaire du quotidien se sent de plus en plus faible, de plus en plus insignifiant.

Les principaux symptômes du trouble dépressif sont le sentiment d’impuissance, de désespoir, d’insécurité, de peur et d’incapacité de contrôle. La dépression est souvent liée à des événements de vie qui, pour la personne, signalent directement ou indirectement la perte, la fin, la destructivité, la mort. Des événements tels que la perte d’un emploi, un divorce, la mort d’un proche, le changement des conditions de vie peuvent conduire au trouble dépressif. Lorsqu’une personne souffre de dépression, elle commence à se percevoir elle-même et le monde qui l’entoure à travers un prisme pathologique, à travers une tristesse insupportable et une douleur intérieure. Il est utile de savoir que les principaux symptômes qui définissent le trouble dépressif sont les suivants :

Perte d’énergie et d’appétit de vivre, sommeil excessif ou insomnie excessive, perte ou prise de poids, isolement social, manque d’intérêt pour l’hygiène et les soins personnels, anxiété, anhédonie, diminution du désir sexuel, sentiment de culpabilité, inaction et passivité, faible estime de soi, pensées de mort.

La liste ci-dessus de symptômes constitue le tableau clinique d’un patient souffrant de dépression, bien que, dans de nombreux cas, la personne malade n’ait pas nécessairement tous les symptômes et que l’intensité de chaque symptôme puisse varier d’une personne à l’autre.

Maintenant, en abordant la dépression d’un point de vue plus psychologique et psychodynamique, on dirait que la personne souffre de dépression parce que sa personnalité elle-même a une structure dépressive. Elle réagit à la perte, c’est-à-dire qu’elle semble entrer en contact avec une insatisfaction première et très précoce liée à la perte des soins de la mère, au sevrage, à sa dépendance absolue envers la mère. Cette frustration très précoce subie par la personne lorsqu’elle était bébé a, d’une certaine manière, contribué à la manière dont elle s’est formée intérieurement et donc à sa réaction à son environnement. Selon la théorie psychanalytique, la personne dépressive dépend de fonctions orales, c’est-à-dire qu’elle a tendance à céder à des comportements de type oral plus souvent que les personnes non dépressives. Elles boivent, fument, mangent beaucoup, parlent beaucoup et présentent une soif et une faim affectives insatiables. Une personne dépressive vit son environnement et ses relations de manière plus frustrante. Elle craint d’être responsable de tous les événements négatifs, elle est profondément culpabilisée et dirige sa déception contre elle-même.

En lisant ce qui précède, je constate que je deviens un compilateur de premier ordre. Je crois toutefois que mon effort contribuera à l’approche et à la compréhension de la réalité telle qu’elle se forme en nous et hors de nous.

Comme je vois la bouteille à moitié vide, il se peut que j’exagère. Mais d’après ce que je vois, entends et lis, la situation s’aggrave sans que personne ne voie de lumière au bout du tunnel. L’échec des mesures de la troïka implique sans aucun doute d’autres mesures. De quel type seront ces mesures, maintenant que nous avons manifestement et clairement perdu le contrôle et notre souveraineté nationale ?

À juste titre, nous nous inquiétons, puisque dans notre pays le bon sens et la mesure ont disparu.

À juste titre , nous nous inquiétons, maintenant que le chef de famille s’effondre et que le député se cache pour ne pas montrer qu’on le raille.

À juste titre, nous nous inquiétons des explosions sociales et des répressions d’une violence imprévisible.

À juste titre , nous nous inquiétons parce que nous ne savons pas combien de temps nous devrons attendre jusqu’à ce que la colère du monde devienne acte politique conscient.

À juste titre, nous nous inquiétons pour la crise, pour l’économie, pour la dépression qui, lorsqu’elle viendra, ne nous demandera pas notre avis.

À juste titre, nous nous inquiétons parce qu’il nous manque l’information élémentaire, la prévision minimale et, surtout, parce que nous avons oublié ce que signifie la solidarité.

À peine 70 ans se sont écoulés depuis l’occupation nazie ! Même les patrons allemands ont oublié le prêt d’occupation. Parlez doucement, car je crains fort qu’avec l’élan pris par nos « sauveurs », s’ils s’en souviennent, ils puissent nous demander aussi des intérêts, qu’ils « compenseront » certainement avec le sang et la douleur de Kalavryta et de Distomo ! Germania ueber alles ! Et à côté, Sarkozy, pour souligner la différence d’altitude. Des dirigeants petits jusqu’à l’insignifiance.

À juste titre, nous nous inquiétons parce que nous ne nous sommes pas trompés par hasard ou par coïncidence. Une politique douloureuse a été appliquée, elle a échoué et elle a conduit le pays à la dissolution. Indéniablement, la responsabilité des gouvernants est très lourde et imprescriptible. Qu’elle retombe sur leurs têtes comme une malédiction.

À juste titre, nous nous inquiétons parce que les entrepreneurs grecs ne semblent pas se soucier. La constatation la plus triste est toutefois qu’ils n’ont aucun rapport avec les capitalistes français ou italiens qui ont demandé EUX-MÊMES à être imposés pour aider leurs pays. L’explication est simple : dans notre pays, nous avons le capitalisme le plus criminel, qui a grandi dans les prairies de la collusion impunie et de la corruption inimaginable.

Toutes nos inquiétudes, nous devons en discuter avec simplicité et clarté, et appeler les choses par leur nom, comme le dit Giannis Ritsos.

Il faut commencer un dialogue spontané, sincère et de bonne foi, qui nous prépare à ce qui nous menace, c’est-à-dire qui nous rassemble contre la crise.

Il faut que nous nous occupions des conséquences désormais visibles de la crise, étant donné que nous avons, je crois, suffisamment éprouvé les causes.

Il faut encore soutenir notre moral abattu et renforcer notre mauvaise psychologie.

Il faut que nous sachions bien nager lorsque le batelier nous demandera si nous savons nager.

On connaît l’anecdote du batelier et du professeur qui lui avait demandé, avec sa barque, de le faire passer de l’autre côté. Pendant la traversée, le professeur demandait au batelier d’un ton snob : « Connais-tu les mathématiques ? » « Non », répondait le batelier. « Et comment vis-tu ? » « Sais-tu qui était Homère ? » « Non ! », répondait le batelier. Même refrain du professeur : « Et comment vis-tu ? » Le professeur continuait ses questions. Entre-temps, la mer se leva. Le batelier demanda au professeur omniscient : « Sais-tu nager ? » « Non », répondit celui-ci. « Maintenant, comment vas-tu vivre ? », demanda le batelier.

L’important est de savoir comment nous survivrons, et nous y parviendrons si nous apprenons à nous adapter. Alors, en nageant, nous atteindrons la terre ferme. Ainsi augmentent les chances de ne pas nous tenir main dans la main pour la danse symbolique de Zalongo. Au contraire, si nous nous tenons à temps main dans la main, nous gagnerons la bataille de la survie digne.