Note d’archives : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.

Le vestige médiéval de la détention provisoire est considéré comme une « institution » et utilisé sous le prétexte que, par la privation brutale de la liberté,

  • (a) l’accusé sera contraint de participer à l’instruction, sans y faire obstacle,
  • (b) il sera forcé de comparaître devant la juridiction pénale en cas de renvoi en jugement et
  • (c) il subira finalement la peine, généralement destructrice et inhumaine, qui pourra lui être infligée.

Les juristes qualifient la détention provisoire de moyen de contrainte procédurale, c’est-à-dire d’une « méthode » imposant au citoyen accusé de subir ce qui précède.

Certains procureurs, juges et autres juristes, qui croient protéger la société contre le crime par leurs déclarations, leurs initiatives, leurs réactions et leurs actes, soutiennent que la détention provisoire de l’accusé serait soi-disant « nécessaire » afin qu’il ne « disparaisse » pas. Il faudrait qu’il subisse la poursuite et, finalement, soit condamné pour ses illégalités, notamment pour les actes criminels qui portent atteinte à la société et offensent l’intérêt public, notion que chacun comprend à sa manière.

Ainsi, après quelques rares fuites vers « l’étranger », qui n’est plus véritablement étranger mais plutôt une extension de l’« intérieur » depuis l’unification substantielle des territoires des États de l’Union européenne, de certains accusés, comme le directeur de « Siemens » en Grèce publiquement exposé ou un dirigeant de football pittoresque, la majorité des procureurs et des juges d’instruction ordonnent la détention provisoire des accusés pour ne pas être eux-mêmes accusés de leur « faire grâce » ou d’être « influencés » par eux. En peu de mots, pour éviter les complications. D’ailleurs, face à la tranquillité personnelle de chacun, à la recherche de son nirvana, quelle importance peuvent avoir les principes du droit, la vraie justice, la clémence, l’humanité et la civilisation ? Absolument aucune. Tout, à notre époque, doit servir le moi, nos intérêts égocentriques et étroits, et advienne que pourra...

Selon la mentalité de pays du tiers monde qui domine notre petit État, tous sont présumés suspects de fraude, de faveurs indues, de services rendus, dans notre langue ottomane officielle : de « roufétia », et d’influence jusqu’à preuve du contraire.

Ainsi, si un magistrat du parquet ou du siège éclairé, fidèle au serment qu’il a prêté de servir la véritable Justice, se prononce, conformément à la loi et aux droits individuels, comme la présomption d’innocence de tout accusé, en faveur de la liberté d’une personne connue du public par les médias, il subit alors des attaques de toutes parts : du ministère de la justice et du ministre du moment aux convictions hautement démocratiques, de l’inspection des tribunaux, des médias, de la majorité et de l’opposition, ainsi que de tout autre intervenant compétent ou incompétent.

Le résultat de cette mentalité quasi troglodytique est que les prisons se remplissent de condamnés sans procès, tandis que les unes des journaux annoncent en titres énormes, triomphalement et avec une satisfaction débordante, la détention provisoire de tel grand banquier pour escroquerie, de tel ancien ministre de la défense pour blanchiment d’argent, de tel grand entrepreneur pour fraude fiscale, d’un créateur de mode pour dettes envers l’État, d’un acteur pour implication dans des stupéfiants, du prêtre du quartier pour accès à des sites interdits depuis son ordinateur personnel, et ainsi de suite.

Parallèlement aux informations fournies au public avide sur les détentions provisoires de personnalités ayant perdu leur puissance et surtout leur force financière, tandis que les véritables puissants sur le plan économique ne sont pas touchés et sont considérés comme des personnes sacrées jouissant d’une immunité éternelle, nous apprenons que le même sort frappe leurs conjoints, leurs enfants jeunes ou plus âgés et de nombreux proches parents. Tous suivent le chemin de la prison comme moyen de contrainte procédurale, dans le respect des principes d’une prétendue « civilisation », appelée pour les circonstances « civilisation juridique », ainsi que du principe de responsabilité collective. Pour l’étayer, on mobilise les absurdités relatives à la constitution d’une « organisation criminelle », composée par exemple de l’époux accusé, de l’épouse au foyer, de la fille étudiante et du plus jeune fils.

Pourquoi l’entrepreneur Tadopoulos a-t-il été placé en détention provisoire ? Parce qu’il fait face à des accusations criminelles pour constitution d’organisation criminelle, escroquerie, détournement au détriment de l’État et blanchiment d’argent. Très bien. Parfait. Puisqu’il fait face à de telles accusations, il était juste de le mettre en prison.

Il existe toutefois une objection, insignifiante pour notre société grossière : celui qui a été emprisonné par la décision de deux personnes, généralement influençables, un procureur et un juge d’instruction, n’a pas été jugé. Il n’a pas comparu en jugement. De quel droit lui a-t-on alors retiré sa liberté ? Réponse : il a été placé en détention provisoire, c’est-à-dire détenu temporairement pendant environ deux ans, parce que nous deux l’avons jugé ainsi. Nous décidons et ordonnons, que cela plaise ou non. Nous sommes infaillibles. Nous n’écoutons rien et personne ne peut nous atteindre. Nous avons l’expérience, le savoir, le savoir authentique, et nous disposons en même temps de la force de l’État. Du pouvoir. De notre pouvoir...

Certes, la loi et la Constitution prévoient que, pour priver quelqu’un de liberté à titre exceptionnel, il faut expliquer de manière détaillée, convaincante, objective, par une motivation spéciale et « circonstanciée », pourquoi il fallait appliquer cette mesure extrême et exceptionnelle qu’est la détention provisoire, et non une autre mesure plus douce, comme celles appliquées dans la plupart des pays européens et au-delà, telles que la caution, l’interdiction de quitter le territoire, la présentation régulière au commissariat, etc. À cette observation, aucune réponse n’est donnée. On reçoit du mépris, des moqueries et des ironies malveillantes, parfois même dans le texte de décisions judiciaires, principalement les « ordonnances ».

Les détentions provisoires constituent la règle. De nombreuses personnes sont publiquement traînées dans la boue, emprisonnées injustement et anéanties. Dans les rares cas où elles parviennent elles-mêmes, au prix d’efforts, de combats, de sacrifices et de l’épuisement de toute leur fortune, à se sauver des mécanismes d’anéantissement, elles ont perdu toute leur vie dans les cabinets d’instruction, les prisons et les prétoires, et avec elle leur foi et leurs principes. Elles sont transformées en êtres dominés par la haine envers tous et envers tout, avec des troubles psychiques permanents et incurables. C’est précisément ce que semble rechercher la mentalité favorable aux détentions provisoires, qui ne changera pas dans un avenir prévisible, car un tel changement suppose que la société et le peuple lui-même changent. Il faudrait qu’ils deviennent différents en gravissant l’échelle de la civilisation, que nous avons définitivement abandonnée. Nous avons préféré rester partisans de l’obscurité, et il est regrettable que nous n’ayons rien reçu du pays ensoleillé où nous nous trouvons, ni des enseignements de son histoire.