Note d'archive : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.
Pendant la période des fêtes, nous essayons d'échapper au quotidien, au banal, à l'angoissant et à l'insignifiant. Nous nous réjouissons en oubliant les crises, surtout la crise économique, que nous croyons capable de nous anéantir. Nous écoutons de la musique festive, nous cherchons à savourer les meilleurs repas, à retrouver les personnes que nous aimons et à vivre quelques jours, ou du moins quelques heures, d'un bonheur provisoire mais nécessaire, avec les enfants, les petits-enfants pour les plus âgés, les amis, les proches et tous ceux dont la présence nous réjouit.
Nous échangeons des cadeaux de faible valeur matérielle mais d'une grande portée symbolique, pour l'amour, l'estime et les autres sentiments qui nous lient à ceux à qui nous les offrons.
Sans que nous nous en rendions compte, les fêtes de Noël, du Nouvel An et de l'Épiphanie nous gagnent peu à peu, modifiant notre humeur, dissipant la tristesse, apportant réconfort et joie aux adultes et plus encore aux plus jeunes et aux enfants.
À ces moments, ces heures et ces jours de fête, nous tournons rarement notre pensée vers ceux qui souffrent : les malades, les endeuillés, les démunis, les solitaires et les détenus.
Pour les détenus en particulier, nous ne nous soucions guère d'eux. Nous n'y pensons pas, nous restons indifférents et, pire encore, beaucoup les raillent et acceptent avec malveillance leur tourment, au motif qu'ils ont commis une faute et qu'ils n'ont que ce qu'ils méritent en prison.
Ainsi, les journaux des classes privilégiées, des éditeurs et des grands journalistes, dont les revenus restent hors de portée du Grec moyen même en rêve, tournent en dérision et exposent publiquement les prévenus connus placés en détention provisoire. Ils déversent des commentaires cruels, parce que la richesse qu'ils ont acquise par des méthodes souvent inconnues leur permet de se croire incontrôlables. Après tout, les institutions de la démocratie et de l'État de droit ne valent pas pour les puissants et les privilégiés. Elles s'appliquent aux faibles, aux socialement défavorisés et à ceux qui ont perdu leur pouvoir et leurs avantages.
Sous prétexte que la crise économique serait due aux prévenus détenus et non à d'autres causes, parce que le « peuple » n'est jamais responsable, les commentaires ironiques, les humiliations et la prétendue satire remplissent des pages entières dans les journaux des riches. Dans l'un d'eux, la une montrait des caricatures de prévenus détenus, vêtus de tenues rayées de prison, chantant les chants de Noël. On y reconnaissait un ancien ministre, un créateur de mode, un grand banquier, un dirigeant du football et un entrepreneur, tous tenant des triangles de Noël, ainsi que la figure tragique de la seule femme exposée, mère et épouse d'un ancien ministre, portant une fourrure de renard sur ses épaules avec l'uniforme de prison.
Et qui expose ainsi les prévenus et cette femme ? Un grand journaliste et éditeur très connu, fils d'une figure politique importante, qui a réussi à s'imposer en s'enrichissant et en provoquant. Il possède un palais ultraluxueux dans la banlieue nord, ainsi qu'une station de radio. C'est pourquoi il peut se permettre d'être insensible. Il se moque des anciens puissants qu'il flattait autrefois et raille leur malheur, alors que, jetés en prison, privés de pouvoir, déjà publiquement humiliés, ils sont lentement et douloureusement détruits, moralement mais aussi physiquement.
Les jours saints de Noël n'émeuvent pas les puissants du moment ni les personnages entourés d'honneurs. Ils les rendent pires. Endurcis et insensibles, ils humilient ceux qui sont tombés. Sans compassion. Sans sentiment. Sans honte, sans ce que l'on appelait autrefois pudeur morale.
Impudents, endurcis et arrogants, ils frappent ceux qui sont déjà à terre, ceux qui de puissants sont devenus impuissants. Ils se moquent des impuissants et les exposent davantage, parce qu'ils servent de boucs émissaires au nécessaire « détournement » de l'opinion publique, de ces personnes qui, de pauvres, deviennent plus pauvres encore, privées même de l'essentiel.
Entre les murs de la prison, les prévenus connus subissent, avec la réprobation sociale soulevée par les intérêts croisés et leurs médias, avec la privation de liberté, la saisie de tous leurs biens, les procédures d'instruction brutales qui semblent ne connaître aucune limite, sans confidentialité et avec une humiliation médiévale de ceux qui sont ciblés, avec la douleur d'être privés de leurs enfants et de leurs proches, la terrible exposition publique dans la presse. Ces mêmes feuilles trouvent par ailleurs chaque occasion futile pour présenter la nouvelle conquête du député issu d'une famille politique, les brillantes études à l'étranger du maire petit-fils d'un ancien Premier ministre, ou la réception somptueuse de l'entrepreneur au yacht de cinquante millions d'euros, sans oublier les actions charitables et les aumônes des très riches.
Peu songent que les détenus célèbres visés par les moqueries ont perdu leur liberté sans avoir été jugés. Sans les procédures légales des États civilisés. Ils ont été incarcérés et leur nombre augmente parce que leur poursuite sert d'autres objectifs, et non la satisfaction du sentiment de justice. Avec les anciens puissants, on emprisonne aussi des proches ou des conjoints sans soupçon préalable, après leur exposition ciblée par les feuilles et les chaînes de la collusion.
En vain la voix du Christ, dont nous célébrons la naissance, désigne et avertit ceux qui, lorsqu'il était « en prison » [Matthieu 25,36], ne lui ont pas rendu visite mais, ajouterait la parole évangélique à propos de notre époque, l'ont humilié en raillant les détenus avec méchanceté et arrogance, en tournant leur malheur en dérision. Selon l'Évangile, ceux-là iront au feu éternel préparé pour le diable et ses anges, maudits avec leurs actes et leurs attitudes. Un enfer qui, malheureusement pour eux, n'existe pas seulement dans l'autre vie mais aussi dans celle-ci.
Emmanouil Papadakis
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