Note d’archives : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.

L’ancien président de l’« Union des juges et procureurs » avait déclaré que cette union n’était pas syndicale, mais « scientifique ». Lui-même, ajoutait-il, n’avait aucune fidélité partisane ; il a pourtant rejoint la Nouvelle Démocratie et est devenu député afin, disait-il, de transmettre son expérience au Parlement.

Cette déclaration ne convainc pas. Il est certain que l’« Union des juges et procureurs » est un organe clairement syndical, comme le « Barreau d’Athènes », et que l’adhésion de son ancien président, conseiller à la Cour de cassation grecque, s’est faite en raison de son attachement à ce parti précis.

La successeure de Charalambos Athanassiou, elle aussi conseillère à la Cour de cassation grecque, a été plus franche : elle apparaît à la télévision et défend avec ardeur les intérêts économiques des juges et des procureurs.

La nouvelle présidente des magistrats syndiqués, dans l’une de ses nombreuses interventions, le 28.08.2012 sur « EXTRA 3 », a rappelé que les traitements des magistrats sont garantis par la Constitution.

Son prédécesseur avait formulé le même rappel, en soulignant que la protection constitutionnelle des traitements des magistrats avait été prévue pour la première fois par la Constitution de 1952, afin d’exclure que la précarité ne les rende vulnérables à divers intérêts.

Autrement dit, il a été jugé que le stimulant permettant au magistrat d’accomplir son travail serait le renforcement économique, et non d’autres éléments tels que l’idéologie, les principes, l’éthique, la connaissance, l’expérience, la compétence et la qualité personnelle, qui jouent certes un rôle décisif mais ne sont pas privilégiés. C’est l’élément purement matériel de la rémunération qui domine, laquelle devrait être proportionnée à l’œuvre du juge.

Elle a encore indiqué que leurs traitements avaient été réduits de 38 % et que les juges de première instance, qui représentent 50 % des magistrats, perçoivent 2 300 euros par mois.

La nouvelle présidente a souligné que le juge est un fonctionnaire direct de l’État et qu’il doit disposer d’une rémunération digne pour remplir ses devoirs, conformément à la proclamation constitutionnelle.

Les juges exercent une fonction comportant de grandes responsabilités et une lourde charge de travail, a ajouté la syndicaliste ; le juge de première instance, en particulier, « subit de nombreuses mutations ».

Pour cette raison, il ne faudrait pas établir de parallèle avec d’autres professions. D’ailleurs, le juge serait l’égal du député et du ministre.

Le représentant du parti au gouvernement, Argyris Dinopoulos, s’est rangé à l’avis de la présidente de l’Union des juges et procureurs et, surenchérissant, a exigé l’emprisonnement des fraudeurs fiscaux, sans sursis et sans conversion de peine. Ainsi, les ressources nécessaires au traitement privilégié des magistrats seraient disponibles.

Il a finalement été souligné que la justice fonctionne grâce à la conscience professionnelle des magistrats, dont la mission est de rendre justice, et que leur rôle ne doit donc pas être amoindri par la réduction de leur rémunération.

À la lumière de telles discussions et déclarations, l’annonce récente de l’organe syndical des magistrats, selon laquelle ils proclament une « grève » jusqu’au 10.10.2012, ne surprend pas. Ils ouvriront normalement les audiences puis, à 10 heures, les interrompront jusqu’à la fin de l’horaire de service.

C’est ainsi que les magistrats ont décidé de faire pression sur le gouvernement pour que leurs propres traitements, qu’ils jugent insuffisants, ne soient pas spécialement réduits.

Il s’est ainsi confirmé que les juges et procureurs exercent une profession, ou une fonction, comme tout autre professionnel, et ne constituent pas une classe distincte et encore moins privilégiée. En tout état de cause, leur comparaison avec les députés et les ministres ne rétablit pas le prestige perdu de leur fonction.

Par conséquent, juges et procureurs se rangent aux côtés des salariés payés par le budget de l’État, qui ne veulent pas accepter que le pays ne dispose pas des ressources nécessaires pour couvrir, au niveau souhaité et revendiqué, les rémunérations des armées de fonctionnaires de l’État grec, pour une large part inutiles.

Le moment est venu pour les responsables gouvernementaux, ministres, députés, secrétaires, cadres publics de toutes dénominations, mais aussi pour les magistrats, d’admettre que nous sommes dans la deuxième décennie du XXIe siècle. Pour cette raison, aucun traitement privilégié d’une catégorie professionnelle ne peut être admis, même sous prétexte qu’elle exercerait, seule et spécialement, une profession ou une fonction comportant de grandes responsabilités et une lourde charge de travail.

Des professions comportant des responsabilités et des charges de travail infiniment plus grandes, dans lesquelles la vie même des travailleurs est en jeu, sont celles des militaires, spécialement des combattants, des policiers, des pompiers, des médecins, dont beaucoup risquent de contracter même des maladies incurables, mais aussi de ceux qui assurent l’enlèvement des déchets, dont la grève met directement en danger la santé et la vie de l’ensemble de la population.

Il faut donc supprimer de la Constitution la disposition relative aux traitements des magistrats ou, à défaut, compléter l’article concerné par une disposition relative aux traitements d’autres catégories de travailleurs, qu’ils soient qualifiés de fonctionnaires au service d’une mission ou de simples agents de l’État.

En d’autres termes, un changement immédiat de mentalité s’impose : il faut cesser de considérer qu’il existe des professions nobles et privilégiées, donc supérieures, ministres, députés, magistrats, métropolites, et des professions inférieures, commerçants, agents de propreté, professions libérales, travailleurs indépendants. Cette mentalité, issue d’époques révolues, a créé l’impression déformée que les discriminations fondées sur la profession, la revendication de privilèges et la jouissance des biens fournis par l’État seraient tolérables dans notre société. Elle a aussi façonné le comportement social de magistrats qui, pour la majorité d’entre eux, se montrent hautains, arrogants, imbus d’eux-mêmes et impolis, avec le soutien d’une législation archaïque et, pour une large part, anticonstitutionnelle.

Nous savons pourtant que depuis la fondation de l’État grec, en 1830, et même avant la reconnaissance internationale de la Grèce, les privilèges et titres de noblesse n’étaient pas tolérés sur le territoire et que ceux qui en disposaient les ont perdus.

Ainsi, les magistrats ne doivent pas revendiquer un traitement spécial, mais exiger un traitement juste et égal, proportionné, car ils ne constituent pas une classe professionnelle privilégiée, mais une classe professionnelle comme les autres. Ils doivent demander au gouvernement de leur fournir, selon les possibilités économiques du pays, les moyens d’accomplir leur travail et revendiquer ce qu’ils estiment nécessaire à leur profession, en respectant eux-mêmes les lois. Ils doivent accepter qu’ils n’ont pas le droit de se distinguer des autres travailleurs et que ceux qui en sont porteurs doivent se défaire de l’arrogance, qui nuit gravement à leur œuvre, c’est-à-dire à l’effort imposé pour approcher la notion de Justice, ainsi qu’aux citoyens, qui ne font confiance à aucun organe ni institution de l’État, pas même au pouvoir judiciaire, c’est-à-dire aux magistrats.

En définitive, il faut comprendre que les magistrats en grève donnent l’exemple d’une grève possible du gouvernement, du Parlement et peut-être même du président de la République, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien debout dans notre pays malheureux, qui n’a besoin que de citoyens et d’habitants animés de patriotisme, de sens des responsabilités, d’éthique démocratique et d’une volonté de coopération, de service et de solidarité. Ces éléments indispensables manquent, et leur absence rend notre vie de plus en plus insupportable.