Note d'archive : Ce texte provient de l'ancien fonds de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.

Le mariage est qualifié dogmatiquement de sacrement, selon la perspective théologique, et il est célébré religieusement en présence du prêtre territorialement compétent, moyennant rémunération, retenues au profit de tiers, notamment l'évêché, et sans TVA. Il est également officialisé devant un élu local, le maire, avec tampons et sceaux, comme tout contrat commercial, selon la perspective civile.

Personne n'échappe au couple de l'autorité. Si tu célèbres un mariage dans une taverne ou un café, pour l'Église tu seras maudit et exclu de la communauté, et pour l'État tu seras dans l'illégalité. Devant, le gouffre ; derrière, le torrent. Autrement dit, tu as déjà perdu avant même d'entrer sur le terrain. Il existe une solution intermédiaire : je reste tranquille.

"Le mariage est l'union d'un homme et d'une femme, la communauté de toute la vie, une association de droit divin et humain." C'est l'approche juridico-sociale attribuée à Herennius Modestinus.

Selon l'opinion dominante, le mariage demeure à la fois union et sacrement, qui se transforme généralement en martyre. La jurisprudence en la matière est extrêmement riche. En général, nous y recourons après le mariage. À ce moment-là, le mal est déjà fait. Les erreurs se paient. "Tu ne savais pas, tu n'avais qu'à demander ?", murmure le monde.

Ce qui conduit deux personnes, aimées l'une de l'autre pendant leur relation libre, à devenir deux adversaires revendiquant soit la domination de l'un sur l'autre, soit les biens de l'autre, soit les enfants créés par les deux, demeure une question sans réponse. Parfois, la férocité humaine se révèle à un tel degré qu'elle devient même le but de la vie de l'un ou de l'autre : il veut l'anéantir, l'écraser, le détruire, homo homini lupus.

Le mariage a été qualifié de mal nécessaire. Il se peut qu'il le soit. Mieux vaut regretter quelque chose que l'on a fait que quelque chose que l'on n'a pas fait, affirment et répètent les personnes mariées, et je suis d'accord, en taquinant les célibataires, qui font preuve, il faut l'admettre, d'une indulgence exemplaire et sifflent presque avec indifférence, ces "vieux garçons".

La danse continue. La sagesse populaire compare le mariage, en hiver, à un billet de loterie et, en été, à une pastèque. En cas d'échec, ce qui est la règle, on dit que la pastèque était mauvaise. Selon des études sérieuses, statistiquement, sur 100 mariages, 45 % ont divorcé, 40 % n'ont pas la possibilité de divorcer et seuls 15 % sont considérés comme des mariages réussis. Tant mieux pour eux.

Ce qui importe, c'est que selon les célibataires, les personnes mariées affrontent divers problèmes de vie commune qu'elles n'auraient pas si elles étaient célibataires. Alors pourquoi se marient-elles ? N'insistons pas. Cercle vicieux. Une interprétation libre, appuyée sur la théorie de l'évolution de Darwin, serait que nous imitons. Puisque tout le monde se marie, vais-je faire exception ? Le "rayon" qui menace les personnes seules joue aussi son rôle, comme si les mariés étaient assis à la meilleure table, au premier rang.

Il existe aussi des approches contraires : passion, amour, compagnonnage, augmentation des naissances, et ainsi de suite jusqu'à ce que tout devienne rose. Le mariage s'est-il finalement transformé en recherche superficielle d'intérêts économiques en général ou aussi de contreparties sociales ? Indépendamment de tout cela, la crise que traverse le mariage de nos jours est irréversible, compte tenu de l'enlisement social et politique qui tire tout vers le bas.

Il faut pourtant de la vertu et de l'audace pour être un être humain libre, sans complexes, avec un grand coeur et des oreilles et des yeux ouverts.

Cependant, l'Église et l'État utilisent le mariage comme une condition restrictive, un enclos de l'individu libre. La condamnation, lorsqu'on monte les marches de l'église ou de la mairie, est certaine et unanime. La peine était autrefois perpétuelle. Aujourd'hui, il existe des voies de recours "quasi juridictionnelles", le divorce, qui suspendent l'exécution de la peine jusqu'à la célébration d'un second mariage. Soyons francs : le prétendu sexe fort, ces petits garçons bien ou mal gâtés, n'est pas aussi fort qu'il en a l'air et qu'il le croit. Il cherchera toujours sa maman, bonne ou mauvaise. S'il la trouve contre toute attente, il "gagne une montre en or", car cela n'en valait peut-être pas la peine.

Malheureusement, on nous a élevés et appris à vivre avec de nombreux mythes autour du mariage, par exemple le mythe de la parenté par le sang, de la maternité, de la paternité et ainsi de suite. Réfléchissons pourtant au nombre de frères et soeurs qui se sont entretués par intérêt brutal pour des choses de valeur dérisoire, comme un lambeau de terre ou un studio avec une fenêtre sur une courette.

Le symbolisme classique est celui de Caïn et Abel. Vient ensuite le plat principal, avec les lentilles que le très rusé Jacob servit à Ésaü, son frère et compagnon, en "contrepartie équivalente" du droit d'aînesse. Autrement dit, avec un plat de lentilles, il a tout pris et il est parti. L'accord, toutefois, après réexamen, a été jugé nul par la plus haute assemblée de cassation, comme abusif. Le raisonnement était que Jacob avait manifestement exploité, avec dol direct, la naïveté, l'inexpérience et surtout la FAIM de son frère. Dans une note renvoyant au manuscrit de la décision, il fut ajouté que le sang ne devient pas de l'eau.

Je pense que personne ne nous a parlé ni expliqué correctement, clairement et avec responsabilité que les relations découlant du mariage, parenté, paternité, maternité, etc., ne sont pas données ni évidentes ; elles doivent à tout moment être prouvées et confirmées à chaque occasion. Le fait de m'avoir mis au monde ne signifie pas nécessairement que tu sois un bon parent. Je ne supporte pas d'être tourmenté toute ma vie par "ton amour". De toute manière, nous ne choisissons ni nos parents ni nos frères et soeurs. La soupape de sécurité demeure la maxime : "Un ami nuisible est appelé ennemi". Il faut de la vertu, de l'audace et surtout des sacrifices pour sculpter, comme le marbre, une relation équilibrée et libre entre parents, quel qu'en soit le degré, fondée sur l'amour véritable et le respect mutuel, lequel, pour le dire brièvement, ne s'impose pas : il se GAGNE. Les objections éventuelles sont rejetées avec indulgence comme dilatoires et surtout irrecevables.

J'ose néanmoins proposer, en connaissance de cause.

Lorsque les enfants atteignent vingt ans, ils devraient "tuer" symboliquement leurs parents. Il vaut mieux qu'ils affrontent leur vie et leurs blessures d'enfance seuls, "loin" des parents. Sans l'étalage inconsidéré d'autorité, le sentiment accru de propriété, la surprotection nuisible et les chantages moraux déchirants, "tu m'as tué, tu vas me tuer, je meurs", de leurs parents, qui faussent le développement normal et retardent ou annulent définitivement leur maturité. Je déteste ce recyclage inutile qui produit des garçons assistés, des fils à maman et de futures mères du life style, autrement dit du "peu importe s'il pleut dehors", avec des ongles verts qui grattent des cheveux violets. "Fais-le toi-même, deviens artisan."

N'oublions pas que les crimes les plus graves se commettent par "amour", pour notre bien. On connaît cette folie condensée : "je t'ai tué parce que je ne peux pas vivre sans toi".

L'Église, qui qualifie le mariage de sacrement, interdit entre autres et punit les relations sexuelles avant le mariage, en appliquant "les dispositions relatives à la prostitution" mentionnées dans l'Ancien et le Nouveau Testament, lesquelles, hélas, n'ont pas encore été modifiées. M. Venizelos n'a pas eu le temps de s'en occuper aussi ; après l'immunité des députés, il a trébuché et est tombé près de 12 %, quelle frayeur.

Pourquoi les modifier, d'ailleurs ? Ont-elles jamais été respectées ? Plus il y a d'interdictions, plus il y a de péchés, effacés du casier pénal, c'est-à-dire pardonnés, par des prières lucratives et des onctions coûteuses qui ont remplacé avec succès les sacrifices et l'abattage massif des agneaux et chevreaux. "Le salut de l'âme est une très grande chose", dit le succès musical de l'époque.

Nous qui avons donné naissance à l'Olympien assembleur de nuages, au libertin Zeus, qui "prenait" tout ce qui bougeait, allons-nous buter sur le Nouveau Testament ? Heureusement, l'Église ne traîne pas les "fornicateurs" en place publique et, surtout, avec les autres documents requis pour le mariage, elle ne demande pas de certificat de virginité des futurs époux. Le pharisaïsme a imposé la présomption de virginité. Personne ne sait d'ailleurs ce que cachent, au-dessous, la soutane et la robe de mariée. Qui se moque de qui ? Autrement dit, "il y a mariage, mangez, buvez". Et malheur à vous, infidèles, le malheur vous dévorera, dit-on pour faire peur. Car il est certain que la peur garde les lieux déserts.

Pendant mon adolescence, je n'oublierai pas la controverse que j'avais avec un ami, chrétien fervent. Que sa mère en réponde, cette femme pieuse et douce avec l'encensoir de bronze qui nous narcotisait comme les abeilles lorsqu'on les enfume pour leur prendre le miel. Quand je lui demandais si le sexe avant le mariage était un péché, il répondait par l'affirmative et me réprimandait presque. Je précise que la discussion était purement théorique, académique, puisqu'à l'époque nous ne faisions de toute façon pas l'amour ; nous cherchions seulement des "traces et non le lion".

Pour éviter que je ne pèche, Dieu nous en garde, mon ami, avec beaucoup d'amour et de sollicitude, me proposait de me couvrir la nuit avec davantage de vêtements, couvertures, édredons, etc. Selon lui, la chaleur provoquerait un soulagement sexuel. Voilà ce qu'il avait appris au catéchisme. Mais à l'époque nous n'avions pas beaucoup de vêtements pour nous couvrir et, au lieu d'avoir chaud, nous avions froid. Finalement, tous les chemins menaient à la "chiromancie" et aux "travaux manuels".

Dans le village où je suis né et où j'ai grandi, le mariage se concluait après une dure transaction, un marchandage assorti d'une clause en dollars. Pour cette raison économique, selon une étude fiable, il restait stable. Puis vint l'amour et il mit tout sens dessus dessous. Ceux qui ont vraiment aimé furent déçus ou partirent à l'étranger. "Dans ce pays, ceux qui aiment mangent un pain sale, et leurs désirs suivent des chemins souterrains", ai-je entendu chanter avec sens.

Les contacts destinés à faire "tenir" l'alliance entre familles commençaient après l'intervention active et substantielle de l'entremetteuse, qui n'appartenait à aucun syndicat professionnel et ne délivrait pas de reçus. Contre rémunération, elle mettait en contact les familles du futur marié et de la chanceuse épouse. N'oublions pas qu'à l'époque on appelait les jeunes filles, d'un ton lourd, des "effets à payer", obligation et fardeau, en raison de la cause onéreuse de la dot.

Le plus souvent, sans l'accord des "contractants", une rencontre était fixée dans la maison d'un parent, acceptée par tous, autrement dit sur terrain neutre.

S'y rendaient les représentants mandatés des familles intéressées, généralement les parents et les oncles des "enfants". À l'arrivée, en tenue de promenade, on servait aux hommes du café, de l'ouzo ou du cognac, et aux femmes du loukoum ou une confiture à la cuillère.

Le marchandage commençait à la lumière de la lampe à pétrole au verre trouble, auquel on accrochait une épingle à cheveux pour qu'il ne se brise pas. Le souhait de tous était que les bourses asiatiques ouvrent à la hausse. Les obligations structurées et les courtiers n'avaient qu'à bien se tenir. En cas de différends sur l'évaluation des biens dotaux, les intéressés recouraient à des experts locaux empiriques, d'une fiabilité toutefois douteuse.

Les négociations ne connaissaient pas toujours une issue heureuse. Est restée historique la phrase lancée, en quittant la réunion, par le père du futur marié : "quarante mille drachmes, à l'époque la drachme était une monnaie forte, et dans le mouchoir, ou bonne nuit". L'amour sans entêtement n'a pas de goût. "L'opinion publique" et les "médias" de l'époque, c'est-à-dire les commères, n'attendaient pas la fumée blanche ; les salves qui éclataient lorsque les parties finissaient par se serrer la main leur suffisaient, autrement dit la coïncidence juridiquement opérante des volontés.

Ils ont rendu publique l'alliance de tel et telle, disait-on dans la ruelle et dans les cafés, et les ragots allaient bon train. L'interrogation permanente portait sur le montant de la dot. La mariée a-t-elle reçu une sur-dot ? Lui a-t-on donné aussi le mulet ? Elle a tout pris, elle n'a rien laissé à sa soeur, la garce. La prééminence de l'objectif économique du mariage est manifeste et fondamentale.

Lorsque le futur marié vivait dans un autre village, il était très probable que la future épouse ne le connût pas. On lui proposait donc un inconnu. Nous parlons d'un cas ad hoc de "chat dans un sac". Face book et e-mail sont arrivés un peu plus tard. Les mariages entre personnes de communes différentes ne pouvaient pas attendre ; "l'amour" entre inconnus pressait. Les Reality Show ont eu un léger retard. Amour invincible au combat, qui laisses l'estomac vide.

La soeur de mon père, ma tante dans le langage courant, prit un mari du village voisin qu'elle n'avait pas eu l'occasion de connaître. Son frère y alla avec procuration de sa mère, signature dûment authentifiée, car son père était immigré aux États-Unis, et "conclut l'affaire". Tant de racines d'oliviers, tant d'okas d'huile, un mulet et tant de coudées de toile grossière pour des culottes et caleçons immortels. À l'époque, un dépôt à terme à taux variable était une jarre pleine d'huile, "zéro acidité, récolte de l'année".

Lorsque le marié et la noce approchaient de la maison de la mariée, les uns à pied, les autres sur des ânes et des mulets dont les dos portaient des couvertures éclatantes, ma tante dit à ses amies qui la gênaient, alors qu'elles observaient elles aussi par les fenêtres de la maison le cortège nuptial : "poussez-vous donc, les filles, que je voie qui c'est". Elle voulait dire le marié, bien sûr, avec lequel, soit dit en passant, elle vécut "sans douleur et paisiblement et avec bonne défense" jusqu'à sa mort.

Est-ce grave s'il s'est révélé un peu témoin de Jéhovah et un peu "sourd comme un pot", de véritables défauts ? "Aucune erreur n'est reconnue après le passage en caisse."

Pourtant, ma tante implacable réussit à garantir pleinement ses droits, par exemple aller chaque dimanche à l'église et garder des icônes à des endroits choisis de la maison, sauf dans la cuisine. Combative comme elle était, elle imposa aussi à son mari antéchrist, comme elle l'appelait "affectueusement" en profitant de sa surdité, d'étudier les Écritures, c'est-à-dire les revues La Tour de Garde et Réveillez-vous, et d'attendre l'Armageddon, qui arriverait par le bateau de ligne, en un lieu et un temps prédéterminés, disons dans la chambre d'amis. La sagacité de ces gens, les témoins de Jéhovah, est étonnante. Je les ai toujours "admirés" pour leur candeur, même si je ne pouvais pas les comprendre. Comment les comprendre d'ailleurs, puisqu'ils parlent depuis leur naissance la langue des poissons avec une parfaite aisance.

Elle lui avait également interdit expressément le prosélytisme. On sait que le prosélytisme est pour les témoins de Jéhovah ce que l'héroïne est pour les toxicomanes. Et d'ailleurs, la vie a-t-elle un sens sans un "Rizospastis" tout frais du matin et sa démagogie intarissable ?

À noter qu'il était si aveuglé qu'il était capable de lire la parole de Jéhovah même aux passants. Nous parlons d'un mariage harmonieux, réussi : elle parlait, il ne l'entendait pas pour cause pathologique, parce qu'il n'entendait que la voix de Jéhovah pour cause religieuse, autrement dit fanatisme, et nous vécûmes heureux.

À l'époque, il n'y avait pas de divorces et personne ne parlait d'abandon du domicile conjugal. "La chemise, longue ou courte, tu l'useras", disaient les autorités morales de l'époque, interprétant et respectant strictement les traditions. Par le mot "chemise", ils entendaient naturellement l'homme ou la femme, selon celui qui se révélerait défectueux d'après les critères du temps.

Le seul cas de résolution de vente et de restitution de la chose, c'est-à-dire de la mariée, pour vice réel concernait la femme lorsqu'il était prouvé qu'elle n'était pas vierge, c'est-à-dire "touchée", selon le droit coutumier.

Aucun cas d'homme incapable n'a été rapporté. Il ne nous manquait plus que cela. On vit pour sa réputation.

L'expertise était menée par la belle-mère de la mariée, qui "rédigeait également le rapport correspondant". Concrètement, le lendemain de la première nuit de mariage, après le lever du couple, la belle-mère, mère du marié, entrait officiellement, selon les usages, dans la chambre nuptiale et examinait coutumièrement et minutieusement le drap blanc du lit conjugal. Le but de l'examen était de constater l'honneur de la mariée, qui devait être imprimé en relief par le sang sur le drap blanc, après la rupture légale de l'hymen par son maître et seigneur. Et "tel un agneau sans tache, tu fus mené à l'abattoir". Quoi donc, allait-elle laisser son fils, son petit chéri, sans protection, à la grâce de Dieu, épouser quelque prostituée ? Quelle valeur a la vie sans front pur ?

Selon le code non écrit de procédure civile de l'époque, il était interdit à la mariée de soulever des objections ou de désigner un conseiller technique.

En cas de désaccord éventuel, le drap constituait une pièce du dossier. Il existe des affaires classées, parce qu'il n'a pas été établi, ni même rendu vraisemblable, que le drap litigieux avait rougi du sang d'un coq égorgé, comme l'avait faussement prétendu la mégère, mère du marié.

Avec les progrès de la chirurgie, les coqs furent sauvés, et nous en sommes arrivés à l'hyménoplastie ; et nous vécûmes bien, tandis que les vierges de Somalie vécurent mieux.

Aujourd'hui, on observe une différenciation "imperceptible" par rapport à cette époque. Plus la mariée, par ailleurs très convoitée mais "touchée", mentionne de relations dans son curriculum vitae, plus elle est considérée comme expérimentée et apte au mariage. Pour faciliter les transactions, le mot "pseudo-vierge" s'est également imposé pour désigner la femme sans expérience amoureuse, sexuellement en retard, la future vieille fille, en version plus douce, la grande fille. Nous sommes donc face à un renversement total.

La virginité, d'éloge, est devenue reproche. Tu vois, le féminisme, quelle grandeur. D'un autre côté, je me demande encore aujourd'hui s'il n'est pas très barbare d'égorger un oiseau innocent, un coq, pour sauver un mariage.

Les fêtes de mariage étaient uniques, inoubliables. Le mariage était un événement social sérieux et presque tout le village y participait, puisque, peu ou prou, tous étaient parents entre eux.

Les chansons que chantaient les femmes accompagnant la mariée résonnent encore à mes oreilles : "petit oranger touffu, où sont tes fleurs" ; "prenons l'institutrice pour l'emmener aux îles" ; "deux soleils, deux lunes se sont levés aujourd'hui, l'un sur ton visage, l'autre dans les nuages", et beaucoup d'autres, tandis que la mariée s'approchait de sa passion volontaire, c'est-à-dire de son accomplissement social. Elle ne s'appellerait plus Maria, Anna, Sofia, mais femme de Giorgos, femme de Kostas, femme de Mitsos, et toute la joie serait pour elle, et rien pour les autres.

En grandissant, j'ai appris d'une "source fiable" qu'il existait des mariages conclus par amour, et j'ai commencé à soupçonner, chercher et lire. Dans la littérature grecque et étrangère, j'ai trouvé des histoires d'amour qui m'ont bouleversé. Bien plus tard, j'ai suivi ces histoires d'amour adaptées au cinéma.

Dans la pratique, j'ai eu du mal à trouver des éléments comparatifs. Je dois reconnaître que j'ai rencontré des couples qui me disaient s'être mariés par amour. Au fil du temps, toutefois, ils ont constaté que l'amour s'était brûlé et évaporé entre le marché populaire, le supermarché, la maison propre et les visites protocolaires aux oncles de partout et autres parents.

Les repas avec les géniteurs invités ont également joué un rôle corrosif. Ceux-ci, au lieu de mieux faire connaissance, observaient, commentaient et évaluaient tout, comme si les jeunes mariés avaient déposé une demande de subvention auprès de la CEE.

Si, contre toute attente, l'amour résistait aux premières épreuves, venaient d'autres tests d'endurance, des test drive, par exemple les pleurs du bébé la nuit, qui cessaient si on le lavait et lui changeait la couche et la culotte. La mise en place de la couche exigeait de l'attention. Des cas ont été rapportés où un parent mal réveillé plaçait la couche sur le visage du bébé. Les pleurs cessaient aussitôt, malgré le risque accru d'étouffement.

Le plat "maison" brûlé ne provoque pas toujours de phénomènes météorologiques extrêmes dans le mariage. Outre la salade salvatrice, il y a les oeufs "rapides", les souvlakis et les pizzerias, qui accomplissent depuis des années une grande oeuvre sociale et ont sauvé beaucoup de mariages, puisque, comme chacun sait, l'amour passe par l'estomac, que l'on mange une pizza ou un souvlaki. La bibliographie correspondante est abondante.

Il a été prouvé expérimentalement que le mariage ne se détruit pas dans la cuisine. La finale se joue au lit, sans arbitre ni spectateurs. L'important est de jouer le ballon que l'on sait jouer, en tenant sérieusement compte de l'adversaire. Aucun match retour n'est prévu.

Les deux belles-mères fonctionnent comme une quasi-arbitrage. Elles jugent en premier et dernier ressort, "objectivement", et selon l'intérêt mal compris de leurs enfants, tous les différends qui surgissent pendant leur service. Selon une jurisprudence constante, l'amour tarde à venir et le mariage est éprouvé chaque jour. Il meurt d'une hémorragie interne incontrôlable, causée par des conflits égoïstes et par la sous-estimation du détail, sous l'ombre lourde projetée par le monstre de l'habitude, qui dévore tout comme un Minotaure moderne. Voyons toutefois un peu le côté sérieux de la question.

Il est vrai que les choses ont radicalement changé depuis lors et que l'institution du mariage a subi de multiples fractures. Je mentionne à titre indicatif l'augmentation des familles monoparentales et la reconnaissance du mariage entre personnes du même sexe, en vigueur dans plusieurs pays européens. Il m'est difficile, voire impossible, d'imaginer deux personnes homosexuelles se présentant, à l'époque où je vivais au village, devant le président du village pour lui demander d'entrer en société de mariage. Ils étaient perdus.

Le scénario le plus probable et le plus clément aurait été que le pouvoir constitué, le président, le prêtre et le garde champêtre, les pende sommairement au platane de la place pour l'exemple. L'expulsion et la stérilisation de leurs parents comme peine accessoire ne pourraient non seulement pas être exclues, mais auraient au contraire été largement acceptées par l'écrasante majorité des habitants du village. Crucifiez-les.

Du côté de l'Église, des processions et des onctions auraient été célébrées aux quatre points du village, précisément dans les directions indiquées par les quatre extrémités de la Sainte Croix. Que Dieu ait pitié de nous et nous sauve du mal, du défaut qui nous est tombé dessus, aurait chanté le prêtre brisé, en répétant à l'oreille de tous : "je renonce au Satan trois fois maudit". Quel malheur nous frappe. Comme nous étions bien. Quel péché avons-nous commis ? Et encore des supplications matin, midi et soir, selon le livre officiel de prescriptions prévu et rédigé par les saints pères, qui maîtrisaient le sujet sur le bout des doigts, afin d'exorciser l'abomination. On ne plaisante pas. Malgré tous les anathèmes, règles pastorales et malédictions, nous sommes très proches de Tilos. Bon voyage et vie fleurie. Que le Saint-Synode permanent jette la première pierre.

N'oublions pas que les chrétiens eux aussi ont commencé leur carrière comme persécutés et, après avoir fait disparaître les païens et idolâtres, ainsi que notre civilisation grecque antique, ils nous ont conduits au Moyen Âge. Nous sommes arrivés à Galilée, qui n'a jamais osé prononcer la phrase qu'on lui attribue, "et pourtant elle tourne", parce que les bêtes de la sympathique mais sanguinaire Sainte Inquisition l'auraient avalé ; quand il bruissait légèrement, elle allumait çà et là quelque feu, quelque bûcher, simplement pour se réchauffer les mains. Seigneur, mets une garde à ma bouche.

(à suivre)

Ce sont les questions d'une amie qui m'ont donné l'occasion d'écrire ce texte.