Note d’archives : Ce texte provient des anciennes archives de Nomika Epilekta et est conservé avec soin pour une lecture historique et informative.

Un ancien président de la Cour de cassation grecque, qui écrit sur des sujets d’actualité, a exprimé l’opinion, dans le cadre d’une critique du système politique et des responsables politiques, que le peuple grec avait eu la malchance d’être gouverné par des politiques qui n’avaient exercé aucune profession. Ainsi, nos responsables politiques ne connaissent pas les pulsations, les douleurs et les tourments des citoyens qui peinent pour gagner leur pain, selon le journal Estia du 30.07.2011, dans l’article intitulé « la moquerie des Grecs ».

La conséquence principale du caractère sans métier de nos politiques n’est pas seulement, selon l’auteur, le malheur des citoyens d’avoir de tels représentants incapables, mais aussi leur misère, en raison de la surimposition imposée par ces politiques, de l’incapacité de réduire le secteur public et de la persistance de dettes impayées envers l’État d’un montant de 41 milliards d’euros.

Selon ce juge retraité, il n’est pas possible non plus que les tribunaux appliquent la nouvelle loi punissant d’emprisonnement le retard de paiement de dettes fiscales supérieures à 5 000 euros, avec application de la procédure de flagrant délit, car « l’expérience du passé enseigne que les tribunaux ne manifestent jamais l’insensibilité des gouvernants ».

Les opinions de l’auteur peuvent susciter de nombreuses objections, notamment quant à l’absence d’insensibilité des tribunaux, semblable à la dureté des gouvernants, car l’expérience du passé comme celle du présent enseigne exactement le contraire. Les exemples récents incluent la condamnation d’un mineur comme adulte, le maintien en détention provisoire d’une jeune accouchée avec son nourrisson, l’imposition à de jeunes toxicomanes de longues peines de réclusion, le refus de reconnaître la qualité de malade dans de très nombreux cas, le refus de suspendre l’exécution de la peine même pour des mourants, la détention provisoire vindicative de toute la famille de l’un des suspects dans l’affaire Siemens, la condamnation de prévenus en cas de doute et la condamnation d’une personne pour détournement d’actions nominatives qui ne peuvent être détournées.

Il paraît toutefois exact que le gouvernement par des responsables politiques n’ayant exercé aucune profession avant de s’occuper de politique constitue réellement un défaut grave, préjudiciable aux citoyens, car ces politiques, dépourvus d’expérience, prennent avec insensibilité des mesures dures, principalement fiscales.

Cette politique serait populaire et réussie si les responsables politiques avaient exercé une profession et, ajoutons-nous en suivant la pensée de l’auteur, s’ils l’avaient exercée avec succès.

Mais, au-delà des politiques, d’autres groupes auxquels l’exercice de la puissance publique a été confié devraient avoir exercé une profession, tels les procureurs et les juges qui composent la fonction judiciaire de l’État et le pouvoir judiciaire correspondant, en matière pénale comme civile.

Avant la nomination d’une personne comme procureur ou juge, le candidat devrait avoir exercé avec succès une profession, au moins celle d’avocat, pendant dix à quinze ans, avoir acquis par son travail une expérience sociale et les capacités que devraient aussi posséder les politiques dans leur domaine. Il connaîtrait ainsi les pulsations, les douleurs et les tourments des citoyens qui peinent pour gagner leur pain, et ne condamnerait pas spécialement les faibles, les jeunes, les anonymes et les étrangers aux peines longues et inhumaines que l’on connaît ; il compatirait aux malades, comme les toxicomanes et autres personnes psychiquement souffrantes, et respecterait dans leur ensemble les principes fondamentaux de l’humanisme.

Il est connu que les avocats deviennent procureurs et juges, indépendamment de l’exercice effectif de leur profession, en participant à des examens écrits et oraux et en suivant pendant quelques mois la formation de l’École nationale de la magistrature.

La loi n’exige pas que les procureurs et juges nommés aient exercé une profession ou travaillé avec succès comme avocats. Pour cette raison, beaucoup de magistrats nommés n’ont pas assisté à une seule audience civile ou pénale et apprennent à juger sur la tête des citoyens.

Il est vrai que beaucoup de candidats aux examens de juges et procureurs ont exercé très brièvement certaines professions, et que quelques-uns ont une brève expérience d’avocat. Mais un domaine aussi sérieux ne peut être abandonné au hasard, et le citoyen ne peut être jugé par des juges et procureurs dépourvus d’expérience sociale et porteurs des mêmes insuffisances que les politiques sans métier relevées par l’ancien président de la Cour de cassation.

Juger et décider, résoudre les différends complexes des citoyens, condamner ou acquitter des prévenus, décider si une personne sera renvoyée en jugement ou non, exigent des personnes dotées d’une riche expérience sociale, d’une solide formation juridique et des capacités acquises par l’exercice réussi d’une profession ou par l’exercice réussi de la fonction d’avocat.

Comme beaucoup de politiques, en particulier les plus en vue, beaucoup de magistrats, c’est-à-dire la plupart, acquièrent expérience judiciaire et connaissances en jugeant les citoyens et leurs problèmes, et non sur la base d’une expérience déjà constituée et de connaissances sociales pratiques. Ainsi, d’après ce que nous avons appris, la nouvelle présidente de la Cour de cassation grecque n’est pas particulièrement sociable, tandis que presque tous les magistrats vivent isolés de la société, n’entretiennent pas de relations, et surtout pas de relations amicales, avec les autres citoyens, évitant systématiquement la communication et même une fréquentation sociale légère. Ils ne connaissent donc pas les pulsations, les douleurs et les tourments des citoyens qui peinent pour gagner leur pain, qu’ils « traitent », mot impropre emprunté à un article de procédure pénale, avec hauteur, impolitesse traditionnelle et dureté rétrograde.

Caractéristique est l’expression d’un procureur qui a célébré son départ du service lors d’une cérémonie dans la salle du barreau, déclarant que le « lourd couperet de la justice » s’abattrait sur celui qui ne respecterait pas la loi. Cette déclaration a révélé que certains se sentent vivre non pas dans la deuxième décennie du XXIe siècle, mais en réalité vers le XIe ou XIIe siècle, lorsque les représentants du pouvoir faisaient face aux actes injustes avec le billot et la hache qui s’abattait sur la tête du malheureux serf, afin que la terreur et la mort l’amènent à obéir « volontiers » au seigneur et tyran du moment.

Pour jouir des biens de notre siècle, la seule reprise économique, la mise en ordre des finances et la libération du syndicalisme professionnel et des déviations tiers-mondistes connues de notre société ne suffisent pas. Il faut d’abord changer la mentalité balkanique et réformer nos institutions en coupant tous les liens qui nous maintiennent solidement attachés au passé médiéval de la décadence.

Il faut rehausser les études, qui doivent devenir substantielles et modernes, sans imitation stérile par copie servile de travaux étrangers. Les politiques comme les magistrats doivent, avant d’assumer fonctions et compétences, avoir acquis une riche expérience sociale par leur reconnaissance dans le domaine de la profession et du travail, par leur friction avec la société et non dans l’isolement. Au contraire, une qualité essentielle des politiques comme des magistrats doit être une sociabilité forte, dominée par la politesse du comportement, l’étendue des connaissances, l’absence de rigidités et un esprit contemporain, afin qu’ils soient en mesure d’appliquer les principes fondamentaux avec indulgence et humanisme, qui manquent à la plupart des jugements judiciaires.